Une délégation sahraouie se trouve actuellement aux États-Unis en prélude à d’éventuelles négociations entre le Maroc et le Front Polisario, dans un contexte marqué par une quasi-absence de communication sur la nature et les objectifs réels de ces rencontres.
Selon l’évaluation de sources bien informées, ce qui se déroule actuellement ne s’élève pas au rang de véritables négociations, mais ressemble plutôt à des séances préparatoires visant à sonder les positions des parties et à tester leur volonté politique, sans garanties concrètes ni cadre de référence clair pour le processus de négociation.
Les informations disponibles indiquent que la délégation sahraouie est conduite par le ministre des Affaires étrangères Mohamed Yeslem Beissat, le représentant du Front Polisario auprès des Nations unies, le Dr Mohamed Sidi Omar, ainsi que son représentant à Washington, Mouloud Saïd. En revanche, les noms des membres de la délégation marocaine n’ont pas filtré, bien que celle-ci soit vraisemblablement dirigée par le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et le représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU, Omar Hilale. Le processus se déroule également en présence de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura. La participation d’un représentant américain n’est pas exclue, notamment celle de Massad Boulos, principal conseiller du président américain pour les affaires arabes et africaines.
La partie sahraouie participe à ces rencontres sans engagements préalables, conformément à une position constante appelant à des négociations directes sous l’égide des Nations unies et dans le cadre défini par les résolutions de la légalité internationale. Pour les Sahraouis, la négociation n’est pas une fin en soi, mais un moyen exclusif de permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, le 31 octobre, la résolution 2797 (2025) sur le Sahara occidental, renouvelant pour une année le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO). La résolution réaffirme la nécessité de mener des négociations directes afin de parvenir à une solution juste, durable et mutuellement acceptable, fondée sur le consensus et conforme aux principes et objectifs de la Charte des Nations unies, notamment le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Depuis près de deux décennies, le Maroc continue de promouvoir la proposition dite d’« autonomie », présentée en 2007, sans lui donner de contenu juridique ou politique précis ni expliquer en quoi elle pourrait constituer la base d’un règlement juste et durable.
Des observateurs estiment que Rabat utilise cette proposition comme un instrument de gestion du temps plutôt que comme un véritable projet de solution. Elle est mise en avant chaque fois que la pression internationale s’accentue, puis laissée en suspens sans détails ni engagements concrets. La question centrale demeure donc : le Maroc dispose-t-il réellement d’une proposition négociable, ou s’agit-il simplement d’une stratégie visant à prolonger le conflit indéfiniment ?
Selon ces mêmes observateurs, le véritable problème ne réside pas dans la forme ou le lieu des rencontres, mais dans l’absence d’une volonté politique marocaine sincère de négocier sans conditions préalables.
Les doutes entourant la proposition d’autonomie ne proviennent pas uniquement des adversaires du Maroc, mais se manifestent également au sein même des milieux politiques et intellectuels marocains. Certains analystes avertissent qu’une véritable autonomie au Sahara occidental pourrait devenir une bombe politique interne, ouvrant la voie à des revendications similaires dans d’autres régions comme le Rif ou le Souss, où existent déjà de forts courants en faveur de l’autogestion, voire de l’indépendance.
Ces craintes ont été exprimées par le passé par l’ancien ministre marocain de l’Intérieur, Driss Basri, à qui l’on attribue cette déclaration selon laquelle le roi Hassan II aurait accepté l’idée du référendum en raison des dangers que représenterait toute autre alternative pour la structure de la monarchie, affirmant que « celui qui propose l’autonomie est un ennemi du Maroc ». Un témoignage révélateur de la profondeur des inquiétudes du Makhzen face aux conséquences de cette option.
Sur le plan juridique, toute proposition marocaine dite « crédible » se heurte à un obstacle fondamental : l’absence de souveraineté légale du Maroc sur le territoire. Même si cette difficulté venait à être contournée par l’intégration de la proposition dans un référendum libre incluant plusieurs options, cela imposerait à Rabat d’aller beaucoup plus loin dans la définition de l’autonomie, notamment en ce qui concerne le transfert réel de compétences, la gestion des ressources naturelles et l’administration du territoire.
De son côté, la position du Front Polisario demeure inchangée, malgré les évolutions régionales et internationales. Le Front se dit ouvert à toute négociation sans conditions préalables, mais refuse de s’engager dans un processus qui contournerait le droit à l’autodétermination ou le reléguerait à un simple détail secondaire.
Le Front Polisario réaffirme son attachement au droit international et au cadre onusien, ainsi que sa disponibilité à coopérer avec l’envoyé personnel de l’ONU, Staffan de Mistura, dès lors qu’existe une réelle volonté internationale d’imposer une solution juste, et non de gérer une crise prolongée.
Par ailleurs, l’éventualité d’une médiation ou d’un accueil américain de ces rencontres soulève une problématique supplémentaire. Les États-Unis, censés soutenir le processus onusien, sont appelés à démontrer un minimum de neutralité, après avoir rompu avec celle-ci par leur soutien explicite à l’occupation marocaine et leurs tentatives d’imposer l’option de l’autonomie comme unique solution lors des récentes discussions au Conseil de sécurité.
Des analystes estiment que toute implication américaine qui n’ouvre pas la voie à l’ensemble des options prévues par les résolutions de l’ONU, y compris l’indépendance, ne constituerait qu’une couverture politique à un processus biaisé et une nouvelle tentative de vider la négociation de sa substance.
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