Société

Le droit de change freine l’afflux des Algériens vers la Tunisie

Quelques jours après la publication d’une instruction de la Banque d’Algérie

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Le mouvement des voyageurs aux postes frontaliers d’Oum Tboul et d’El Ayoun, dans la wilaya d’El Tarf, a connu une baisse remarquable. Les longues files de voitures et d’autobus ont disparu des routes menant aux deux postes frontaliers, et ce, en pleine période des vacances d’hiver et du Nouvel An, suite à l’instruction de la Banque d’Algérie fixant les modalités d’octroi du droit de change pour les voyages à l’étranger au profit des citoyens résidents, dans le cadre de l’organisation des transactions en devises.

Quelques jours après la publication de cette instruction, le trafic au niveau des postes d’Oum Tboul et d’El Ayoun s’est pratiquement vidé de voyageurs algériens se rendant en Tunisie, les banques ayant suspendu l’octroi du droit de change en espèces, à l’exception de quelques cas rares et exceptionnels prévus par l’instruction de la Banque d’Algérie. En l’absence totale d’autobus, le nombre de voyageurs passant par des véhicules touristiques ne dépasse pas 2 500 personnes via les deux postes, alors qu’il dépassait, au cours des cinq derniers mois, les 150 000 personnes par jour, selon un bilan obtenu par El Khabar auprès de ses sources aux postes frontaliers.

Des milliers de demandes d’ouverture de comptes bancaires

Après la mise en œuvre du contenu de l’instruction de la Banque d’Algérie, les agences bancaires locales ont indiqué recevoir quotidiennement des dizaines de demandes d’ouverture de comptes bancaires, encore en cours d’étude. La pression liée au droit de change s’est ainsi transformée en une autre pression, celle de l’ouverture de comptes bancaires.

Une situation jugée impossible par les agences bancaires locales, dans la mesure où les banques poursuivent leur coordination avec la Banque centrale afin de définir les modalités de cette opération selon des conditions bien précises, conformément aux dispositions légales de lutte contre le blanchiment d’argent. Ces procédures restent méconnues des demandeurs d’ouverture de comptes, dont l’unique objectif est d’adapter leur situation aux nouvelles règles relatives au droit de change.

Les services commerciaux et touristiques tunisiens mécontents

Par ailleurs, les nouvelles mesures relatives au droit de change ont ébranlé la Tunisie voisine et modifié la valeur des transactions de services destinées aux Algériens. Cela s’est traduit notamment par une baisse des prix de location dans les hôtels et les résidences privées, après avoir atteint des niveaux records au cours des cinq derniers mois, avant de chuter à leur niveau le plus bas après la mi-décembre.

Selon les informations en provenance de Tunisie, les commerçants et propriétaires de résidences se disent mécontents de ce qu’ils qualifient de « séjours temporaires » d’Algériens d’une durée de sept jours, sans utilisation du droit de change de 750 euros, les voyageurs retournant en Algérie avec la totalité du montant. Une situation qui a parfois créé un climat de tension entre certains Algériens en séjour temporaire et des Tunisiens qui espéraient bénéficier de ces ressources financières.

Les postes frontaliers terrestres de l’Est ont connu, durant les cinq derniers mois, une affluence massive d’Algériens. Parmi eux, M. Mustapha, 52 ans, originaire de Mila, accompagné de son épouse et de trois de ses enfants.

Ce dernier a justifié son retour au pays avec le montant du droit de change par son intention de le revendre sur le marché parallèle afin de couvrir les frais du mariage de sa fille aînée. Le même objectif anime M. Mohamed Larbi, 61 ans, de Constantine, qui cherche à réunir le reste des frais nécessaires pour accomplir le pèlerinage à La Mecque avec son épouse.

Enfin, ce qui a le plus surpris et épuisé les agents chargés des procédures de passage aux frontières est le volume important des bagages accompagnant les voyageurs. Ceux-ci comprennent parfois même des denrées alimentaires, de l’eau minérale et du petit mobilier, ce qui nécessite des heures supplémentaires pour les formalités de passage et génère de fortes pressions pour toutes les parties concernées.