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Le Mali paie le prix des politiques irresponsables de Assimi Goïta

Il s’est retourné contre le peuple et a tourné le dos à l’histoire au service de ses ambitions personnelles

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Du siège de la capitale Bamako par des groupes armés aux attaques d’envergure visant des positions militaires dans différentes régions, le Mali fait face à tous les scénarios possibles. Dans ce contexte, le peuple malien traverse des crises multiples et complexes — sécuritaires, politiques et économiques — au point de réduire aujourd’hui ses attentes à la simple survie, alors qu’il aspirait encore, il y a cinq ans, à bâtir un État démocratique et souverain. Une question s’impose : comment le Mali en est-il arrivé là ?

Depuis l’arrivée au pouvoir du colonel Assimi Goïta, après deux coups d’État en août 2020 contre le président Ibrahim Boubacar Keïta et en août 2021 contre le président de transition Bah Ndaw, celui-ci avait promis au peuple malien — mobilisé contre la corruption, la mauvaise gouvernance et la dépendance vis-à-vis de France — de construire un État démocratique et souverain. Il s’était alors présenté comme un sauveur, rompant avec la France pour se tourner vers la Russie comme nouvel allié.

Cependant, depuis son accession au pouvoir, Goïta a suivi une feuille de route propre, peu attentive aux revendications populaires. Il a adopté des orientations rapprochant le pays d’un régime autoritaire, marginalisant les partis politiques et les organisations à caractère politique, tout en imposant des conditions strictes pour la création de nouvelles formations. L’organisation des élections présidentielle et législatives a été conditionnée à une amélioration de la situation sécuritaire, tandis qu’il s’est installé à la tête de l’État pour un mandat de cinq ans renouvelable.

Ses ambitions se sont également manifestées lors du dialogue national organisé à Bamako en mai 2024, soit trois mois après l’expiration du délai qu’il avait lui-même fixé pour le transfert du pouvoir aux civils en mars 2024.

Au lieu de privilégier le dialogue et les solutions politiques, Goïta a opté pour une approche sécuritaire, notamment dans le nord du pays, allant jusqu’à remettre en cause l’Accord d'Alger pour la paix et la réconciliation au Mali, issu d’un long processus de négociations avec un soutien international et une médiation algérienne. Le recours à la force dans une crise avant tout politique a contribué à replonger la situation dans une impasse, voire à la rendre encore plus complexe.

Les échecs ne se limitent pas aux volets sécuritaire et politique, mais touchent aussi les plans économique et social. Le peuple malien fait face à une dégradation des conditions de vie, marquée par des pénuries, des difficultés d’accès aux services et des crises récurrentes d’électricité. Le siège de Bamako par des groupes armés n’a fait qu’aggraver ces souffrances.

Cinq ans après les coups d’État, le Mali semble replonger dans une spirale de crises violentes, conséquence de choix politiques que certains observateurs attribuent à des ambitions personnelles et à des agendas régionaux peu compatibles avec la stabilité du pays et de la région du Sahel. Le Mali, État pivot de cette zone, voit sa stabilité — ou son instabilité — impacter directement son environnement régional.

Le régime de Goïta n’a pas su tirer les leçons du passé et a, durant cinq années, laissé passer des opportunités cruciales pour construire un État solide, fondé sur la réconciliation nationale et l’intérêt supérieur du peuple malien. Au lieu de cela, le pays a été isolé de son environnement géopolitique, entraîné dans des calculs régionaux qui ne servent ni ses intérêts ni ceux de sa population, laquelle continue de payer le prix de choix jugés, par beaucoup, en décalage avec le cours de l’histoire.