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« Un nouveau mur des Lamentations » à Marrakech

Le Makhzen veut faire passer la normalisation du cadre officiel au cadre populaire

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Un incident a suscité un climat d’inquiétude au sein de la population marocaine après que des touristes ont accompli des rituels religieux dits « talmudiques » devant la porte historique Bab Doukkala à Marrakech. L’événement a ravivé les craintes d’une tentative d’imposer une nouvelle réalité et d’ancrer un récit juif sioniste sur le sol marocain, tout en ouvrant un débat sur le processus de normalisation, ses limites et la possibilité de son extension du cadre officiel vers l’espace public.

Selon les détails de l’incident, un bus touristique transportant un groupe de touristes sionistes s’est arrêté mardi soir. Les passagers ont ensuite accompli des rituels collectifs durant environ quinze minutes le long des remparts historiques. Des vidéos de la scène ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, montrant les participants vêtus de tenues religieuses en train de prier, ce qui a donné à l’événement une dimension symbolique, interprétée par certains comme une tentative de transformer le lieu en une sorte de « nouveau mur des Lamentations ».

Le lendemain, les abords de Bab Doukkala ont été le théâtre de rassemblements de protestation réunissant des centaines de citoyens et de militants, à l’appel de la « Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation ». Les manifestants ont scandé des slogans tels que « La Palestine est une responsabilité, la normalisation est une trahison » et « Le peuple veut la fin de la normalisation », exprimant leur rejet de ce qu’ils considèrent comme une atteinte à l’espace public.

Le site « Sawt Al-Maghrib » a rapporté les propos du militant Yassine Akhdid, selon lequel « ce qui s’est passé à Bab Doukkala dépasse toutes les limites acceptables et ne peut être justifié sous aucun prétexte. Le choix d’un lieu aussi symbolique, de manière collective et ostentatoire, rend cet acte totalement inacceptable ».

De son côté, Youssef Abou El Hassan, coordinateur local de la Front de soutien à la Palestine et contre la normalisation à Marrakech et membre du parti Annahj Addimocrati, a relié l’incident au contexte régional, soulignant qu’il coïncide avec « la poursuite des massacres, du blocus et de la famine contre le peuple palestinien », ainsi qu’avec « l’escalade des tensions dans la région ».

Certains jeunes ont également nettoyé le site à l’eau et au savon, dans un geste symbolique reflétant l’ampleur de la colère populaire, interprété comme un refus de transformer les monuments historiques en espaces de pratiques à connotation politique liées au conflit du Moyen-Orient.

Dans ce contexte, Mohamed Hamdawi, membre du secrétariat général de la direction politique du mouvement « Al Adl Wal Ihsane », a estimé que cet incident constitue une « provocation grave » et une violation flagrante de la souveraineté du Maroc et de la sacralité de son espace public. Il a affirmé que l’affaire ne peut être dissociée du contexte de l’occupation israélienne et des tentatives de judaïsation de Jérusalem, considérant que la reproduction de rituels du « mur des Lamentations » sur un site historique marocain n’est pas une simple pratique religieuse, mais une tentative d’imposer un récit sioniste et de relier des lieux marocains à la symbolique du conflit en Palestine.

Il a ajouté que l’incident intervient dans un contexte d’escalade en Palestine, ce qui renforce sa sensibilité et alimente la colère populaire contre la normalisation. Il a mis en garde contre le fait que de tels actes pourraient servir de test à la réaction de la société, en vue d’ancrer davantage la normalisation dans l’espace public.

Enfin, certains observateurs marocains estiment que cette évolution révèle une influence croissante de certains réseaux d’influence et un passage progressif vers une normalisation qui ne se limite plus aux institutions officielles, mais qui s’étend au domaine public, ce qui serait susceptible d’affecter la cohésion sociale et les positions du pays sur la question palestinienne.