Culture

« Déclaration de Djanet » : une charte continentale pour préserver la mémoire du Sahara

Une feuille de route stratégique pour consacrer la conservation préventive et fédérer les efforts africains en faveur de la protection de la mémoire du Sahara

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Les participants à la première édition du Festival international de l’art rupestre d’Algérie et à la deuxième rencontre internationale sur la gestion et la préservation de l’art rupestre du Tassili n’Ajjer, organisée dans la ville de Djanet, ont tiré la sonnette d’alarme face aux menaces existentielles croissantes qui pèsent sur le patrimoine rupestre africain.

Les travaux de cette rencontre, clôturés vendredi soir en présence du wali de Djanet, M’hamed Moumen, ont abouti à l’adoption d’un document stratégique de référence de première importance, baptisé « Déclaration de Djanet ». Celui-ci repose sur la reconnaissance collective de la valeur exceptionnelle de ce patrimoine, témoin vivant de l’évolution des sociétés humaines et de leurs expressions cognitives. Il souligne, avec une profonde inquiétude, les effets dévastateurs et cumulés du changement climatique, de la dégradation des parois rocheuses, des actes de vandalisme et de pillage, ainsi que des pressions exercées par les infrastructures et les pratiques touristiques inadaptées à la fragilité des sites. Le document s’appuie sur les principes de la Convention du patrimoine mondial de 1972, rappelle les travaux pionniers de la rencontre historique de 1978 et salue les efforts précurseurs de l’Algérie en matière de protection de ce patrimoine.

Pour faire face au danger imminent qui menace les parois rocheuses, la « Déclaration de Djanet » préconise une réponse rigoureuse sur les plans scientifique et opérationnel, fondée sur la priorité absolue accordée à la conservation préventive et à l’anticipation des risques naturels et humains liés aux changements climatiques. L’objectif est de renforcer la résilience des sites face à l’intensification des facteurs naturels et anthropiques.

Cette démarche s’accompagne d’un renforcement des opérations d’inventaire permanent et de documentation sur le terrain, grâce aux technologies modernes et à la gestion de bases de données numériques. Elle prévoit également un soutien ciblé à la recherche pluridisciplinaire reposant sur des analyses archéométriques et des techniques de numérisation, tout en garantissant la protection des informations sensibles, en encourageant une coopération étroite entre les institutions scientifiques, les gestionnaires des sites et les détenteurs des savoirs locaux, et en mobilisant les ressources nécessaires à une mise en œuvre efficace de ces mesures.

Afin de concrétiser ces plans de protection sur le terrain et de surmonter les difficultés opérationnelles, la déclaration met l’accent sur le développement des mécanismes de gouvernance et des systèmes de gestion. Elle préconise de renforcer les capacités des acteurs locaux, des guides et des agents de surveillance par la formation continue et l’appui technique, ainsi que de faire évoluer les cadres législatifs afin de favoriser les partenariats et la participation effective des communautés locales à la prise de décision. Elle insiste également sur la reconnaissance des mécanismes communautaires de transmission des traditions orales et des savoirs liés au patrimoine, ainsi que sur la répartition équitable des retombées économiques générées par sa valorisation.

Dans le même contexte, la déclaration appelle à promouvoir un tourisme durable et responsable, à travers l’adoption d’une charte éthique destinée aux visiteurs, fondée sur le respect des œuvres artistiques et de leur environnement. Elle préconise également la formation de guides touristiques issus des populations locales, la régulation des flux de visiteurs en fonction de la fragilité des territoires et de leur capacité d’accueil, l’intégration sociale et économique des femmes et des jeunes dans la chaîne de valeur touristique, ainsi que la mobilisation de financements durables pour préserver les sites et développer les territoires.

En conclusion, la « Déclaration de Djanet » souligne la nécessité d’intégrer ces orientations stratégiques dans les politiques et les programmes nationaux et internationaux, tout en renforçant la coopération scientifique et technique entre les régions du Sahara et du Sahel et en développant activement les partenariats africains et internationaux. Elle insiste sur l’importance de mettre en place un cadre stratégique, une feuille de route opérationnelle et un guide des bonnes pratiques afin d’assurer un suivi coordonné, un échange régulier d’informations techniques sur la gestion et la préservation des sites d’art rupestre, ainsi que le suivi des progrès accomplis. L’objectif est de faire de Djanet et de l’Algérie des références mondiales en matière de préservation de la mémoire humaine pour les générations futures, avec responsabilité et pleine confiance.