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L’or sous haute surveillance

Les données enregistrées font état d’une forte hausse du nombre de personnes interpellées ainsi que des équipements lourds saisis, notamment des marteaux-piqueurs, des groupes électrogènes et des détecteurs de métaux, dans le cadre de la lutte contre l’exploitation illégale de l’or

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L’activité de prospection minière illégale dans l’extrême sud de l’Algérie a connu, entre 2021 et 2025, une évolution alarmante. Elle est passée de pratiques limitées à une activité criminelle organisée, à caractère quasi industriel et parallèle. Malgré l’approche adoptée par les autorités publiques, combinant dissuasion sécuritaire et encadrement juridique afin de contenir ce phénomène croissant, les données enregistrées révèlent une hausse significative du nombre de personnes interpellées ainsi que des équipements lourds saisis — notamment des marteaux-piqueurs, des groupes électrogènes, des détecteurs de métaux, des véhicules utilisés dans cette activité et des quantités de minerai confisquées. Ces chiffres traduisent l’expansion des réseaux criminels et leur capacité de financement et de reconstitution, en dépit des coups portés par les forces de sécurité.

Selon une lecture des résultats annoncés par le ministère de la Défense nationale au cours des cinq dernières années, les années 2021 et 2022 ont été marquées par la saisie de quantités importantes de mélanges d’or et de pierres. L’année 2023 a constitué un tournant grâce à l’intensification des opérations sécuritaires ayant permis le démantèlement de réseaux et l’arrestation de milliers d’individus. Toutefois, la reprise de la hausse des indicateurs liés aux équipements saisis en 2024, atteignant des niveaux records en 2025, met en évidence la capacité de ces réseaux à s’adapter et à se développer.

Le minerai d’or, butin précieux des réseaux frontaliers
Les bilans successifs de l’Armée nationale populaire confirment la fermeté et la vigilance dans la protection des ressources nationales. Les rapports annuels relatifs à la sécurisation des frontières et à la lutte contre la contrebande et la criminalité organisée montrent que l’exploitation minière illégale, en particulier de l’or, a connu une évolution préoccupante en termes d’ampleur et d’organisation au cours des cinq dernières années, passant d’initiatives individuelles isolées à des réseaux criminels structurés.

En 2021, l’ampleur de l’activité illégale s’est clairement manifestée par la saisie de moyens lourds, notamment plus de 5 000 marteaux-piqueurs et près de 9 000 groupes électrogènes, ainsi que plus de 1,16 million de kilogrammes de mélange d’or et de pierres. Ces chiffres reflètent l’émergence d’une activité à grande échelle reposant sur des équipements coûteux et des capacités logistiques importantes, signe d’un financement organisé et de réseaux de soutien.

En 2022, une intensification du phénomène a été enregistrée, avec une augmentation du nombre d’équipements saisis, en particulier les marteaux-piqueurs, les groupes électrogènes et les détecteurs de métaux. Les forces de sécurité ont également saisi 973,4 tonnes de mélange de minerai d’or et de pierres, en plus de quantités significatives de cuivre et d’aluminium. Cela indique une diversification des ressources ciblées, au-delà de l’or, vers d’autres métaux à forte valeur économique.

L’année 2023 a marqué un tournant qualitatif dans la réponse de l’État à cette activité criminelle. Plus de 15 000 personnes ont été interpellées et un grand nombre de véhicules et d’équipements ont été saisis. Bien que la quantité de mélange d’or et de pierres confisquée ait diminué à 585,6 tonnes, cette baisse s’explique par l’intensification des opérations sécuritaires et le démantèlement des réseaux, et non par un recul réel de l’activité criminelle.

En 2024, les indicateurs relatifs aux équipements saisis ont de nouveau augmenté, avec la confiscation de plus de 5 000 marteaux-piqueurs, 8 000 groupes électrogènes et 220 détecteurs de métaux. Cela illustre la capacité des réseaux criminels à se reconstituer et à s’adapter malgré les interventions sécuritaires, tout en continuant à s’appuyer sur des outils lourds.

L’année 2025 apparaît comme la plus révélatrice de la gravité de l’évolution de ce phénomène, avec une hausse sans précédent des équipements saisis : 7 633 marteaux-piqueurs, 12 574 groupes électrogènes et 280 détecteurs de métaux. Ces chiffres confirment que l’exploitation minière illégale a atteint un stade avancé d’organisation.

Une économie parallèle en expansion
Les données publiées mettent en évidence le nombre considérable de personnes impliquées dans les réseaux de prospection et de contrebande. Entre 2021 et 2025, 70 126 personnes ont été interpellées dans le cadre de la lutte contre l’exploitation minière illégale et la contrebande, reflétant l’intensification des opérations sécuritaires et l’élargissement des poursuites contre les réseaux criminels.

Concernant les équipements saisis sur la même période, ils comprennent 28 343 marteaux-piqueurs, 47 003 groupes électrogènes et 1 169 détecteurs de métaux, attestant de l’utilisation d’outils lourds et sophistiqués, ainsi que d’une capacité de financement et d’organisation élevée.

S’agissant des minerais confisqués, 2 720,7 tonnes de mélange d’or et de pierres ont été saisies entre 2021 et 2023, auxquelles s’ajoutent 232 tonnes de cuivre et d’aluminium durant la période 2021–2022. Cela souligne la diversification des ressources ciblées et l’épuisement illégal des richesses nationales, dans l’attente des bilans relatifs aux saisies de 2024 et 2025.

Les micro-entreprises comme alternative à l’exploitation illégale
Cette montée inquiétante de l’exploitation illicite des ressources nationales s’est accompagnée d’efforts officiels continus visant à organiser l’activité de prospection aurifère dans les régions du Sud, à travers une vision gouvernementale destinée à réduire l’exploitation illégale et à transformer cette activité en une économie légale et durable.

Dans ce cadre, l’Agence nationale des activités minières (ANAM) a délivré des autorisations à de petites entreprises opérant dans la prospection artisanale de l’or dans les wilayas de Djanet, Illizi et Tamanrasset. À ce jour, plus de 120 micro-entreprises ont été régularisées, constituant une alternative légale à la prospection anarchique et illégale, qui demeure une menace sérieuse pour les ressources nationales, notamment du fait de prospecteurs de nationalités étrangères.

En outre, les autorités ont accordé des centaines d’autorisations officielles, dont 222 licences, afin de faciliter l’exploitation et le transport de l’or vers des unités de traitement agréées, telles que les usines d’Amesmessa, garantissant ainsi un traitement conforme aux normes légales et techniques.

Le gouvernement est allé plus loin en annonçant, en 2025, la délimitation de 93 nouveaux sites destinés à la prospection artisanale dans les wilayas du Sud, dans le respect des réglementations techniques et des pratiques sûres et durables.

Ces initiatives ont également inclus des programmes de formation et de qualification au profit des jeunes bénéficiaires, axés sur les techniques de prospection artisanale de l’or, dans le but de renforcer les compétences techniques, d’assurer une pratique sécurisée et de réduire les risques environnementaux liés à l’exploitation anarchique.

Selon les autorités, cette orientation stratégique vise plusieurs objectifs majeurs : encadrer l’activité dans un cadre légal protégeant les ressources nationales, créer des emplois durables pour les jeunes, accroître la production minière légale et réduire l’impact environnemental des activités non réglementées.

Sur le plan législatif, la loi n° 25-12 de l’année 2025 est venue établir un cadre global pour l’organisation des activités minières en Algérie, en précisant les conditions d’octroi des licences de prospection et d’exploitation pour toutes les catégories juridiques, y compris les particuliers et les entreprises.

Les experts soulignent que les petites et micro-entreprises peuvent désormais obtenir des autorisations dans ce cadre général, à condition de satisfaire aux exigences légales, financières et techniques, telles que la capacité de financement, les compétences techniques et le respect des normes environnementales et de sécurité.

Bien que le nouveau texte n’ait pas consacré de dispositions spécifiques à une catégorie distincte appelée « micro-entreprises », il leur permet néanmoins d’exercer légalement dans le secteur ou sur les sites désignés par l’État, dans le cadre du régime général des licences, tout en bénéficiant des initiatives gouvernementales de soutien à la prospection artisanale.

Malgré ces réformes juridiques, les initiatives officielles et la vigilance sécuritaire, cette activité continue de représenter une menace multidimensionnelle pour la sécurité économique, environnementale et frontalière de l’Algérie. Elle impose également une pression sécuritaire croissante sur le terrain pour les unités de l’Armée nationale populaire et des gardes-frontières, d’autant plus qu’elle est liée à des réseaux criminels régionaux impliquant des individus de différentes nationalités, susceptibles d’en faire une source de financement de la criminalité transfrontalière organisée.