Nation

Soupçon de corruption: Mohammed Bedjaoui visé par une enquête en France

L’ancien ministre des Affaires étrangères algérien, qui vit actuellement entre Paris et Genève, continue de nier les accusations de corruption visant ses biens à l’étranger

  • 124
  • 2:50 Min

La justice française traite actuellement une plainte contre l’ancien ministre des Affaires étrangères algérien et ancien président de la Cour internationale de Justice (CIJ), Mohammed Bedjaoui, pour suspicion de blanchiment d’argent et fraude fiscale, selon le journal français Journal du Dimanche dans son édition d’hier, mercredi.

L’article précise que la fortune de Bedjaoui (96 ans) est estimée à des dizaines de millions d’euros, et qu’elle suscite des interrogations de la part du parquet financier français, au motif que ses revenus à la CIJ auraient dû se limiter à un salaire mensuel d’environ 15 000 euros. Les autorités judiciaires ont reçu la plainte l’été dernier, déposée par le député français Philippe Latombe, et elle contient des accusations contre Bedjaoui ainsi que des questions sur l’origine des fonds et leur compatibilité avec sa stature internationale.

Selon le journal, l’affaire remonte au début des années 2000, lorsqu’un litige sur les eaux territoriales entre le Qatar et Bahreïn, lié à l’un des plus grands gisements de gaz au monde, a éclaté.

La Cour internationale de Justice avait rendu en 2001 un arrêt en faveur du Qatar, ce qui avait suscité des soupçons chez certains observateurs, poussant Latombe à déposer deux plaintes en 2023 concernant un possible recours à des pratiques financières douteuses, selon Journal du Dimanche.

Le nom de Mohammed Bedjaoui a également été évoqué dans des enquêtes de presse françaises datant de plusieurs années, notamment dans Libération et Médiapart, qui ont traité de sa propriété de biens immobiliers de prestige à Paris, y compris des appartements dans le 16e arrondissement.

Des questions ont également été soulevées sur l’origine de sa fortune dans le cadre d’enquêtes sur de grandes affaires de corruption en Algérie, notamment l’affaire « Sonatrach 2 », où des intermédiaires et des responsables ont été accusés d’avoir perçu d’importantes commissions, et des liens ont été établis entre ces commissions et ses investissements immobiliers à l’étranger.

Le nom de son fils Farid Bedjaoui a aussi été cité dans des dossiers de corruption financière.

Dans l’inventaire des biens attribués à Bedjaoui figurent des actifs immobiliers évalués à plusieurs millions d’euros, ce qui l’a placé parmi les responsables dont des organisations majeures, telles que Transparency International, ont demandé l’ouverture d’enquêtes sur la légitimité de leurs biens en France.

Mohammed Bedjaoui a toujours nié les soupçons de corruption le visant, affirmant que ses biens sont légaux et proviennent de longues années de travail au sein d’institutions internationales, notamment à la Cour internationale de Justice à La Haye, et qu’ils résultent de son parcours professionnel et juridique avant et après ses fonctions ministérielles en Algérie.

Bedjaoui a occupé des postes importants en Algérie sous le régime du président défunt Abdelaziz Bouteflika (1999–2019), avant de s’installer définitivement à l’étranger, vivant actuellement entre Paris et Genève, et restant à l’écart des projecteurs jusqu’à ce que les enquêtes françaises se concentrent sur son patrimoine immobilier.

En mai 2002, Mohammed Bedjaoui a été nommé président du Conseil constitutionnel (actuelle Cour constitutionnelle). À la mi-2005, il a pris la tête du ministère des Affaires étrangères, succédant à Mourad Medelci (décédé en 2019), dirigeant la diplomatie algérienne pendant deux ans.

Son parcours gouvernemental a officiellement pris fin le 4 juin 2007 à la suite d’un remaniement ministériel, lorsqu’il a demandé à être démis de ses fonctions en Algérie afin de se consacrer à sa candidature au poste de directeur général de l’UNESCO, ambition qui n’a pas abouti.