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Une guerre sans issue claire : les doutes américains face au conflit avec l’Iran

Le débat porte sur la capacité réelle des États-Unis à vaincre militairement l’Iran

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L’avenir de la guerre contre l’Iran menée par les États-Unis et l’entité sioniste, qui dure maintent depuis quatre semaines, devient de plus en plus sombre et les inquiétudes quant à ses conséquences ne cessent de croître. Cela s’explique par l’incapacité de ceux qui la mènent à en définir clairement les objectifs, ainsi que par une mauvaise estimation de la capacité de riposte de l’Iran, de ses seuils de réponse et de son aptitude à faire face. Aujourd’hui, après que les flammes de la guerre ont atteint l’océan Indien, le cœur de l’entité et la géographie nucléaire « sioniste», le niveau de doute a augmenté au sein des cercles américains.

Le débat aux États-Unis ne porte plus sur la question de savoir s’ils sont capables de vaincre militairement l’Iran, mais s’est transformé en une interrogation plus grave : est-il seulement possible de « gagner » cette guerre ? Et si cela se produisait, ses résultats seraient-ils en faveur de Washington ou contre elle ?

Ce changement dans le débat ne provient pas des adversaires de l’Amérique, mais de l’intérieur même de l’élite politique et intellectuelle. L’une des principales sources d’inquiétude réside dans l’absence d’une stratégie claire concernant ce qu’on appelle la « fin de partie ». L’administration du président Donald Trump n’a, jusqu’à présent, fourni aucune définition précise de ce qu’elle considère comme une « victoire » dans cette guerre. L’objectif est-il de détruire le programme nucléaire iranien ? D’affaiblir ses capacités militaires ? Ou d’aller plus loin jusqu’à un changement de régime ?

Ce chevauchement des objectifs ne reflète pas seulement une confusion politique, mais pose une véritable problématique stratégique : chaque option nécessite des outils différents, des coûts différents et comporte des risques distincts. En l’absence d’un objectif clair, il devient difficile de l’atteindre, voire même de mesurer le succès.

Les expériences passées restent fortement présentes dans la mémoire américaine. Les guerres en Irak et en Afghanistan ont montré que la supériorité militaire ne se traduit pas nécessairement par une stabilité politique.

Dans ce contexte, l’Iran n’est pas une cible facile. C’est un grand pays disposant de capacités militaires importantes et d’un réseau d’alliés dans la région. Les dernières menaces sont venues du groupe des Houthis, malgré un accord de cessez-le-feu avec Washington, déclarant qu’ils ne resteraient pas les bras croisés. Cela rend toute confrontation susceptible de se transformer en un conflit long basé sur l’usure, plutôt qu’une guerre rapide et décisive comme l’avait présenté le président Trump, dont les déclarations ont été marquées par de nombreuses contradictions concernant les raisons de la guerre et les objectifs atteints.

L’inquiétude ne se limite pas à la guerre elle-même, mais s’étend au comportement de la direction politique. Des analyses publiées dans la revue « Foreign Policy » indiquent que Donald Trump pourrait agir de manière à compliquer davantage la situation dans différents scénarios. La chercheuse Susan Nossel écrit que le plan du président face à un échec pourrait être particulièrement dangereux dans un contexte de guerre : en cas de revers, il pourrait être tenté d’escalader le conflit plutôt que de le contenir, en élargissant les frappes ou en ciblant des infrastructures plus profondes en Iran. En revanche, en cas de succès militaire, cela pourrait être interprété comme une validation de son approche, l’encourageant à recourir à la force comme premier choix dans d’autres crises. Ainsi, la victoire elle-même devient un facteur de risque plutôt qu’une garantie de stabilité.

Le journaliste Thomas Friedman va encore plus loin dans un article publié dans le New York Times, en remettant en question l’idée d’une « victoire finale » dans les conflits du Moyen-Orient. Selon lui, la puissance militaire, aussi grande soit-elle, ne peut pas éliminer des conflits enracinés dans les sociétés.

Même des frappes sévères ne mettent pas fin aux mouvements ou aux idées, mais conduisent souvent à leur reproduction sous de nouvelles formes. Dans cette optique, toute confrontation avec l’Iran, en tant qu’État doté d’institutions et d’une société complexe, ne mènera pas à une fin décisive, mais à une nouvelle phase de conflit.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères du Sultanat d’Oman, Badr al-Busaidi, a estimé que les États-Unis avaient « perdu le contrôle » de leur politique étrangère et s’étaient engagés dans une guerre qui ne sert pas leurs intérêts. Il a souligné que l’escalade militaire est intervenue alors que des opportunités de négociation avec l’Iran existaient encore, ce qui signifie que l’option militaire n’a pas ouvert de nouvelles perspectives, mais a plutôt fermé la porte aux solutions politiques. Il a également insisté sur le fait que personne ne sortirait vainqueur de ce conflit, appelant à y mettre fin plutôt qu’à l’étendre.

Outre les complexités politiques et militaires, des risques économiques et géopolitiques majeurs apparaissent. Les tensions dans la région du Golfe menacent les approvisionnements énergétiques mondiaux et placent le détroit d’Ormuz, l’un des principaux passages du pétrole, au cœur du danger. La poursuite de la guerre pourrait également détériorer les relations entre les États-Unis et leurs alliés, comme en témoignent les divisions au sein de l’OTAN concernant la légitimité de la guerre contre l’Iran et la militarisation du détroit d’Ormuz. De plus, il existe un risque d’élargissement du conflit à d’autres acteurs régionaux. En cas de tentative de changement de régime, Washington pourrait se retrouver face à l’option d’une intervention terrestre, avec des coûts humains et matériels considérables et des conséquences imprévisibles pour l’avenir de toute la région.

Face à toutes ces données et évolutions, qui ne correspondent pas à ce que Trump avait imaginé ou espéré, le doute s’est imposé aux États-Unis comme un élément central du débat autour de cette guerre. Le problème pour la guerre américaine ne réside pas dans la capacité à vaincre l’Iran, mais dans l’absence d’une vision claire de l’après-guerre dans laquelle Trump s’est engagé sans objectifs précis.