Economie

Gazoduc transsaharien: un projet qui redessine la carte énergétique

Les experts pensent qu’il modifiera la carte énergétique de la région

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Le projet de gazoduc transsaharien s’impose, dans un contexte marqué par de profondes mutations du marché énergétique mondial et par l’intensification de la concurrence pour sécuriser les approvisionnements vers l’Europe, comme l’un des plus grands enjeux stratégiques du continent africain. Le projet ne se limite pas au transport du gaz nigérian vers la rive européenne, mais constitue également une plateforme pour renforcer la coopération régionale, stimuler le développement et consolider la position de l’Algérie en tant qu’acteur central dans l’équation de la sécurité énergétique entre l’Afrique et l’Europe.

Dans ce cadre, l’expert en énergie Ahmed Tartar a affirmé que le projet de gazoduc transsaharien figure parmi les projets stratégiques les plus prometteurs du continent africain, en raison de ses dimensions économiques, de développement et géopolitiques, que ce soit pour le Nigeria en tant que pays source, pour le Niger en tant que pays de transit, ou pour l’Algérie en tant que porte d’entrée vers l’Europe.

Tartar a précisé que ce gazoduc, appelé à transporter environ 32 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an sur une distance d’environ 4 000 kilomètres à travers le Nigeria, le Niger et l’Algérie jusqu’à l’Europe, ne se limite pas à l’acheminement du gaz, mais contribue également au développement des infrastructures et au renforcement de la dynamique économique des pays traversés.

Il a indiqué que le Nigeria bénéficiera de la commercialisation de son gaz naturel sur le marché européen et des recettes correspondantes, renforçant ainsi ses revenus et soutenant son économie nationale. Le Niger, pour sa part, tirera des bénéfices directs des droits de transit, en plus de la création d’installations de maintenance, de surveillance et de sécurité le long du tracé du gazoduc, générant des emplois et dynamisant les régions concernées, tout en soutenant leur développement durable.

Concernant l’Algérie, Tartar a souligné que le projet consolide sa position d’acteur clé dans la sécurité énergétique régionale et renforce sa crédibilité en tant que partenaire fiable pour l’approvisionnement énergétique de l’Europe. Il lui offre également l’opportunité d’élargir sa coopération avec les pays africains dans le cadre d’une ouverture accrue sur le continent, permettant une exploitation optimale des ressources naturelles dans le cadre de partenariats équilibrés. L’Algérie bénéficiera aussi des droits de transit, de la mise en place d’infrastructures de surveillance et de maintenance, ainsi que de son rôle central dans l’acheminement du gaz vers l’Europe grâce à ses infrastructures et à son expertise technique, renforçant ainsi la diplomatie énergétique.

S’agissant de l’impact du projet sur la stimulation des investissements parallèles, notamment dans les secteurs de la pétrochimie et des industries de transformation, Tartar a expliqué que la fonction principale du gazoduc demeure le transport du gaz du Nigeria vers l’Europe, ce qui limite ses retombées industrielles directes. Toutefois, il a souligné que l’Algérie peut orienter une partie de ses investissements vers le développement des industries pétrochimiques et de transformation, notamment dans des régions comme Arzew, en élargissant les complexes existants et en lançant de nouveaux projets visant à transformer les ressources énergétiques en produits à plus forte valeur ajoutée.

L’expert a ajouté que le contexte international actuel confère au projet une dimension supplémentaire, face au besoin croissant de l’Europe de diversifier ses sources d’énergie. Le gazoduc transsaharien pourrait ainsi constituer un débouché stratégique renforçant la coopération entre l’Afrique et l’Europe et ouvrant la voie à de nouveaux investissements, non seulement dans le gaz naturel, mais aussi dans les énergies renouvelables, notamment l’hydrogène vert, tout en générant une dynamique de développement globale à travers l’amélioration des infrastructures, l’attraction des investissements étrangers et la consolidation de partenariats stratégiques entre pays africains et européens.

De son côté, l’expert Abdelrahmane Mebtoul a affirmé que le lancement des procédures pratiques du projet, à la suite de la visite du président du Niger en Algérie les 15 et 16 février 2026, représente une étape politique importante. Il a rappelé les déclarations du président de la République concernant l’accord pour entamer la réalisation du gazoduc à travers le territoire nigérien, Sonatrach devant engager les travaux après l’achèvement des procédures pratiques à l’issue du mois de Ramadan.

Selon Mebtoul, la longueur totale du gazoduc est d’environ 4 128 km, répartis entre 1 037 km au Nigeria, 841 km au Niger et 2 310 km en Algérie. Son coût estimatif se situerait entre 14 et 20 milliards de dollars, pour une durée de réalisation comprise entre quatre et cinq ans. Il devrait partir de la ville nigériane de Warri pour atteindre Hassi R’mel, avec la possibilité d’être raccordé au gazoduc Transmed vers l’Europe, renforçant ainsi les capacités d’exportation algériennes.

Il a conclu que le projet constitue une opportunité stratégique pour renforcer la position de l’Algérie en tant que fournisseur fiable de l’Europe, tout en soulignant la nécessité d’une vision globale tenant compte des réalités économiques et des évolutions géopolitiques, notamment face à la concurrence des producteurs de gaz naturel liquéfié, du gaz américain, aux éventuelles reprises des approvisionnements russes, ainsi qu’à l’émergence de nouveaux producteurs africains.