Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, entame aujourd’hui une visite de travail en Algérie de deux jours, au cours de laquelle il tiendra des entretiens avec le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, dans un contexte marqué par l’attente des résultats des rencontres du responsable français avec les autorités algériennes.
Selon des sources médiatiques françaises, Nunez dirige une délégation sécuritaire comprenant des chefs des services de sécurité : Céline Berthon, directrice générale du renseignement intérieur, Louis Laugier, directeur général de la police nationale, et le général Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie nationale.
Nunez a déclaré, à la veille de la visite, que cette rencontre « n’était pas le fruit du hasard », précisant qu’« une phase préparatoire intensive a eu lieu entre les services des deux pays, incluant des échanges techniques préalables », soulignant que l’objectif est désormais de passer à « la phase politique effective ».
Cette visite revêt un caractère exploratoire et vise à réactiver les canaux de communication au plus haut niveau ainsi qu’à instaurer un dialogue « face à face », le contact visuel direct étant considéré comme ayant un effet déterminant pour lever les barrières psychologiques et institutionnelles accumulées et pour discuter des dossiers sensibles avec franchise et réalisme afin de parvenir à des ententes concrètes.
La visite intervient dans un contexte particulièrement complexe, marqué par une volonté commune de dépasser la dégradation des relations imputée au président actuel du parti Les Républicains et ancien ministre, Bruno Retailleau, qui aurait servi d’instrument à un courant hostile à l’Algérie, cherchant à encercler le pays, à porter atteinte à ses intérêts stratégiques en France, à exercer un chantage sur les questions migratoires et à imposer des restrictions sévères et inédites en matière de visas. Selon cette lecture, cette stratégie de pression systématique visait à provoquer une explosion interne conduisant à des concessions, mais elle aurait échoué et produit des effets totalement inverses.
Il est prévu que l’Accord de 1968 régissant la circulation et le séjour des Algériens figure en tête des dossiers examinés. Le gouvernement français actuel, confronté à une menace existentielle liée à la montée de l’extrême droite et à son rapprochement du pouvoir, chercherait à obtenir un accord algérien pour réviser cet accord afin de couper l’herbe sous le pied à l’extrême droite qui en réclame l’abrogation.
Du côté français, cette révision viserait notamment à remettre en cause la disposition relative au droit au regroupement familial dont bénéficient les Algériens. Des experts estiment toutefois que cet accord a déjà été vidé de sa substance à plusieurs reprises par le passé.
De son côté, l’Algérie entend mettre sur la table les questions relevant de sa sécurité nationale, en particulier les personnes recherchées qu’elle accuse de tenter de déstabiliser le pays depuis le territoire français, où elles bénéficieraient d’une protection, ainsi que l’activation des accords d’extradition vers la justice algérienne sans traitement sélectif.
L’ouverture de canaux avec la partie française s’inscrit dans une politique de réorganisation des priorités de la diplomatie algérienne, de préservation des intérêts de la communauté établie en France et de réponse aux voix rationnelles de l’autre rive souhaitant dépasser ces tensions conjoncturelles dans le cadre d’une nouvelle dynamique incluant la mise en œuvre des éléments pertinents de la Déclaration d’Alger, notamment l’organisation de réunions périodiques réunissant les présidents, les chefs militaires et les responsables des services de renseignement, afin d’assurer le traitement des dossiers sécuritaires sensibles et l’harmonisation des visions en matière de lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel et contre la criminalité organisée.
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