Ségolène Royal, présidente de l’« Association France–Algérie », a appelé le président français Emmanuel Macron à adopter une « initiative de réconciliation et de reconnaissance » envers l’Algérie, dans une tentative de relancer le dialogue entre les deux pays après une crise diplomatique persistante depuis l’été 2024.
Royal a évoqué, lors de son intervention aujourd’hui lundi sur la chaîne française TF1, la visite qu’elle a effectuée en Algérie la semaine dernière, affirmant qu’elle était « pour le dialogue, l’écoute, l’observation et la recherche de solutions pour l’avenir ». Elle a indiqué qu’elle incitait le gouvernement français à reprendre les relations avec l’Algérie « le plus tôt possible » et à mettre fin à la crise diplomatique déclenchée après l’annonce de l’Élysée de son soutien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental.
Dans un reportage publié par TF1, incluant son entretien, il est indiqué qu’elle a « réussi, lors de sa visite en Algérie, à faire transférer le journaliste Christophe Gleizes vers une prison proche de la capitale, après qu’il a été détenu depuis juin 2024 à Tizi Ouzou, suite à une condamnation à sept ans de prison pour apologie du terrorisme ».
Le reportage précise que ses activités en Algérie se faisaient en tant que présidente de l’« Association France–Algérie », créée en 1963 pour faciliter les relations bilatérales en cas de problèmes.
Dans un contexte de rupture diplomatique quasi totale entre Alger et Paris, le rôle de l’ancienne candidate à l’élection présidentielle française de 2007 apparaît comme une voix appelant à la reprise du dialogue diplomatique.
Un jour après son retour d’Algérie, elle a lancé un appel direct au président Emmanuel Macron, l’encourageant à « briser l’impasse en lançant une initiative historique de réconciliation et de reconnaissance… d’autres puissances coloniales ont reconnu et présenté des excuses ».
On comprend de ses propos qu’elle l’invite à un reconnaissance publique des crimes de la colonisation française en Algérie. Macron avait exprimé, lors de sa visite en Algérie en tant que candidat à la présidentielle de 2017, sa volonté de prendre des mesures audacieuses sur le dossier de la mémoire. Le 13 septembre 2018, il a reconnu officiellement la responsabilité de la France dans l’assassinat du grand militant communiste Maurice Audin.
Le 1er novembre 2024, la présidence française a publié un communiqué annonçant la reconnaissance par l’État du meurtre du martyr Larbi Ben M’hidi. Toutefois, l’Algérie a réservé son jugement sur ces démarches, les jugeant « fragmentées », alors qu’elle souhaite une reconnaissance explicite selon laquelle toutes les pratiques coloniales étaient des crimes contre l’humanité.
La personnalité socialiste française a précisé qu’elle n’avait pas pris l’initiative de visiter l’Algérie de son propre chef, déclarant : « Ils sont venus vers moi, je n’ai rien demandé, car je pense qu’ils avaient déjà des difficultés à se déplacer », sans préciser qui elle désigne par « ils », mais laissant entendre qu’une instance officielle française, peut-être le président lui-même, l’a sollicitée pour jouer un rôle de médiation dans la restauration des relations avec l’Algérie.
Royal a exprimé sa « tristesse » face à la rupture totale entre les deux pays, non seulement sur le plan économique, mais aussi diplomatique et consulaire. Elle a ajouté : « France et Algérie partagent une histoire commune douloureuse, notamment les conséquences tragiques de la colonisation, qui n’ont jamais été reconnues ».
Selon elle, « tous les pays se comprennent avec l’Algérie : Italie, Espagne, Allemagne (…) sauf la France, alors que nous avons l’histoire commune la plus douloureuse, mais aussi la plus profondément ancrée dans la mémoire de nos deux peuples… Tous les pays sont présents pour investir dans ce pays, à l’exception de la France, ce qui est inconcevable ».
Elle a estimé que « de nombreux responsables français refusent de comprendre que l’Algérie a beaucoup évolué, car ils exploitent cette rupture à des fins politiques ». D’un ton sévère, elle a ajouté : « Je ne pense pas qu’on considère aujourd’hui l’intérêt pour l’Algérie comme rentable, et cela explique sans doute beaucoup de lâcheté et de silence au sein de la classe politique ».
Elle est également revenue sur les déclarations du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, qui a expliqué qu’il conditionne toute visite en Algérie à « des changements très importants » de la part de l’Algérie, notamment « la reprise des expulsions des Algériens en situation irrégulière » et « la situation de Christophe Gleizes ». Elle a répliqué : « Il faut aller, c’est évident. Quand on pose des conditions, cela signifie qu’on ne veut pas aller », affirmant que le ministre est « attendu là-bas », en référence à la visite de Darmanin reportée depuis la fin de l’année dernière.
Royal a révélé lors de son entretien télévisé qu’elle a demandé un rendez-vous avec le président Emmanuel Macron pour l’informer des résultats de sa visite en Algérie. Elle a estimé que le chef de l’État français « a complètement changé de position » sur la question de la mémoire, ce qui « a été douloureux pour les Algériens et a été perçu comme une forme de trahison ». Sur un ton d’avertissement, elle a déclaré : « Le jour viendra où il sera trop tard pour la France de nouer ces partenariats ».
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