38serv

+ -

Les récentes déclarations de l'historien français Benjamin Stora concernant l'arrêt des travaux de la commission mixte algéro-française sur la mémoire ont suscité de nombreuses questions sur le réel objectif de ses propos. Avec l'escalade de la crise politique entre l'Algérie et la France, et l'intensification des attaques politiques et médiatiques ciblant l'histoire et les institutions de l'Algérie indépendante, il est apparu que l'Élysée tentait délibérément de brouiller les cartes pour échapper à ses engagements en matière de règlement des questions convenues par les historiens des deux pays sur le dossier de la mémoire.

Stora a mentionné lors d'une émission sur la chaîne publique française France 5 que la commission, qui a tenu cinq réunions depuis sa création, avait cessé de se réunir, influencée par la situation politique actuelle entre les deux pays. Il a déclaré : "Le travail de la commission a cessé après l'intervention de facteurs politiques et diplomatiques ".

L'historien français qui avait régulièrement commenté les négociations sur le dossier de la mémoire, en apportant des assurances concernant les points de convergence et les progrès réalisés pendant deux ans, a soudainement annoncé l'arrêt des travaux de la commission, supervisée directement par les présidents des deux pays, amenant de nombreux observateurs à se demander sous quel rôle il avait formulé une telle déclaration : agissait-il en tant que responsable de la commission commune pour la France ou en tant que chercheur indépendant ?

Si Stora s'est exprimé en dehors de son rôle officiel, ses propos semblent diverger des discussions tenues au sein de la commission lors de ses cinq réunions à Paris et à Alger, notamment concernant le droit des Algériens à récupérer leurs biens pillés et la reconnaissance par la France de ses crimes commis contre les ancêtres des Algériens.

Si, en revanche, il parlait au nom de la commission française, il aurait dû, selon les règles de la diplomatie de haut niveau, organiser une réunion conjointe avec un communiqué commun à l'issue d'une discussion partagée entre les historiens des deux pays, comme cela avait été fait précédemment, afin de fournir des détails complets sur la situation, et non de présenter un point de vue unilatéral.

Il est également important de rappeler que lors de la cinquième réunion et du communiqué commun de la commission, qui a eu lieu à Alger en juin dernier, les deux parties s'étaient mises d'accord dans un procès-verbal officiel pour présenter une liste de 36 objets pillés par l'armée coloniale française en Algérie entre 1830 et 1962. L'Algérie avait demandé la restitution symbolique de ces objets dans le cadre de la visite que le président Tebboune devait effectuer à Paris l'automne dernier. Cependant, la partie française a retardé la finalisation et la remise de cette liste à l'Algérie, malgré les cinq mois écoulés depuis l'accord de juin.

On peut en conclure que le président français rencontre des difficultés pour gérer ce dossier sensible, probablement en raison de l'influence de certains cercles autour de lui qui ont freiné la mise en œuvre de l'accord de juin, notamment en ce qui concerne la restitution des objets pillés. Il est aussi probable que la gestion de ce dossier coïncide avec le conflit politique interne entre la droite et les opposants à la politique mémorielle de Macron vis-à-vis de l'Algérie. Dès lors, il est possible que Macron se trouve dans une impasse qui l'a empêché de tenir ses engagements pris lors de sa visite officielle en Algérie à l'été 2022, où il avait promis de traiter le dossier de la mémoire "avec humilité et sans tabous". Dès lors, la question se pose : l'Élysée est-t-il revenu sur sa volonté d'éclairer la vérité et d'assumer sa mémoire et son histoire, comme il l'avait affirmé ?

 

Les déclarations de Stora concernant un "possible enterrement" des travaux de la commission suggèrent que la France officielle a fait un pas en arrière, étant donné que le président français n'a pas été en mesure de présenter des actions concrètes pour résoudre ce dossier. Cela a entraîné une détérioration des relations, notamment après le soutien exprimé par la France à la position marocaine sur la question du Sahara Occidental, alors même qu'elle avait échoué à résoudre le dossier de la mémoire avec l'Algérie. Cette manœuvre semble viser à brouiller les cartes et à jouer sur des questions sensibles pour compliquer les relations, surtout après que les autorités algériennes aient affirmé qu'aucune autre question ne pourrait être abordée avec l'ancienne puissance coloniale tant que le dossier de la mémoire ne serait pas réglé.