
Dans un entretien exclusif avec "El Khabar", Tayeb Zitouni, ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché, revient sur le bilan de son département pour l’année écoulée et les priorités pour l’avenir.
Monsieur le Ministre, à l’aube d’une nouvelle année, comment évaluez-vous les réalisations et les défis de votre secteur, particulièrement après les récents changements au sein du gouvernement ?
Tout d’abord, je tiens à remercier votre journal pour son suivi constant des évolutions dans le secteur du commerce intérieur, et à travers vous, je salue vos lecteurs fidèles. Pour répondre à votre question, il est essentiel de rappeler les avancées réalisées par notre pays en 2024, notamment sur les plans économique, social et politique. Parmi celles-ci figure la réussite de l’organisation des élections présidentielles, qui ont renouvelé la confiance du peuple algérien envers M. Abdelmadjid Tebboune pour un second mandat.
Ce succès témoigne du soutien populaire aux institutions de l’État et à leur président, qui a placé dans son programme électoral une attention particulière aux questions de sécurité alimentaire, à la protection du pouvoir d’achat, à la promotion de la production nationale et à l’approvisionnement équilibré du marché national.
Dans ce contexte, le Président de la République a créé un département ministériel dédié à l’animation du commerce intérieur et à la régulation du marché, inscrivant ainsi le gouvernement au cœur de la bataille pour renforcer les bases de l’économie nationale et garantir un avenir prospère pour les générations futures, en assurant leur droit à la sécurité alimentaire.
Quels sont les principaux acquis et projets réalisés dans ce cadre ?
Nous avons franchi plusieurs étapes importantes pour renforcer le pouvoir d’achat, réduire les écarts entre producteurs et consommateurs, et développer les réseaux de distribution. Des plans et des initiatives sont en cours pour l’année à venir, notamment l’expansion des investissements dans les grands espaces commerciaux et les centres de distribution.
Plusieurs chantiers ont été lancés l’année dernière et se poursuivront cette année. Cela inclut l’évaluation continue des performances des institutions sous tutelle, dans une optique d’amélioration et de modernisation de la gestion, tant au niveau central que local, avec une vision tournée vers l’avenir.
Et concernant les ressources humaines et les perspectives pour 2025 ?
Nous attachons également une grande importance à la formation et à la qualification des cadres, afin de tracer ensemble les grandes lignes de notre plan sectoriel. Cela commencera par la tenue de la réunion nationale annuelle des cadres centraux et des responsables des services extérieurs du commerce intérieur, prévue en janvier.
La régulation et l'approvisionnement du marché national de manière régulière et équilibrée restent au centre des préoccupations du gouvernement, surtout à la veille du mois de Ramadan. Quelles sont les mesures prises par vous pour garantir sa stabilité ?
L'approvisionnement du marché national en divers produits et biens de consommation est un effort collectif impliquant plusieurs intervenants, y compris les secteurs de production et les collectivités locales, qui constituent la pierre angulaire de la mise en œuvre des politiques publiques. Cet effort a été perçu par les citoyens sur le terrain durant le mois de Ramadan 2024, où les Algériens ont pu accomplir le jeûne dans une atmosphère de sérénité et de tranquillité.
C'est ce à quoi aspirent les autorités publiques à travers la mise en œuvre des instructions du Président de la République concernant les mesures et dispositions nécessaires pour approvisionner le marché national en prévision du Ramadan 2025. Cela inclut également le suivi du Premier ministre, Nadir Larbaoui, pour garantir un approvisionnement régulier et équilibré du marché national en divers produits agricoles et alimentaires très demandés durant le mois sacré.
Bien entendu, la stabilité du marché national et son approvisionnement en divers biens de consommation, produits alimentaires et agricoles nécessitent une coordination intersectorielle de haut niveau pour soutenir l'efficacité de la production locale, les chaînes d'approvisionnement et de distribution, tout en dynamisant le monde des affaires, l'innovation et la planification conjointe.
À cet égard, notre ministère a pris l'initiative de mettre en place un programme proactif, adoptant des mesures préventives pour éviter toute perturbation éventuelle. Ce programme associe les secteurs de production, principalement l'agriculture et l'industrie, ainsi que les ministères de l'Intérieur et des Collectivités locales et du Commerce extérieur, en plus des associations professionnelles et des représentants des différentes branches de production.
Je tiens également à souligner ici le travail acharné accompli par les comités locaux mixtes pour surveiller et observer quotidiennement la situation des marchés à l'échelle nationale, en proposant les mesures nécessaires et en intervenant immédiatement si nécessaire. Cela se fait sous la supervision directe des walis, qui ont affirmé à cet égard leur détermination - lors de la réunion du gouvernement avec les walis - à activer les cellules locales de veille pour garantir un approvisionnement régulier des marchés.
De plus, une "Cellule de veille et d'alerte précoce" a été créée au cours du dernier trimestre pour soutenir le gouvernement en renforçant la vigilance économique et la prévoyance stratégique, contribuant ainsi à l'élaboration des politiques publiques et à la mise en œuvre de la stratégie nationale de sécurité alimentaire, dans un contexte de défis climatiques, géopolitiques et des fluctuations du marché international.
Cette cellule jouera un rôle important dans la détermination et l'analyse des éléments de stabilité du marché national en termes de capacités de production et de fabrication, tout en proposant des solutions intelligentes pour développer une production locale durable, en s'appuyant sur les technologies modernes.
Sans aucun doute, certaines décisions gouvernementales sont confrontées à une "résistance" pour empêcher leur mise en œuvre effective. Comment faites-vous face à ces pressions croissantes sur le marché visant à créer des pénuries ou à augmenter les prix de manière irrationnelle ?
Les autorités publiques sont déterminées à réaliser une transformation économique positive, quel qu'en soit le coût en efforts et en temps. Elles ont accompli des avancées significatives, malgré les tentatives désespérées et répétées de porter atteinte à la paix sociale, de déstabiliser le marché national et de remettre en question l'efficacité des décisions gouvernementales. Ces tentatives incluent des efforts flagrants pour exploiter un contexte marqué par des tensions régionales et internationales afin de faire pression sur l'État.
Il n'est absolument pas envisageable d'abandonner les acquis réalisés récemment. Nous sommes un État dirigé par des institutions constitutionnelles au service du peuple, et non l'inverse, comme l'a affirmé le Président de la République. Il a donné des instructions pour accorder une attention particulière aux citoyens et contrer toutes les tentatives visant à provoquer des perturbations ou à affecter négativement la situation du marché national.
Vous avez certainement suivi, dans votre journal El Khabar, ces opérations spécifiques menées avec un haut degré de professionnalisme pour contrecarrer les pratiques frauduleuses, la spéculation illicite, le monopole, les manipulations et les abus portant atteinte au pouvoir d'achat des citoyens ou à la sécurité des consommateurs. Les dispositifs de contrôle, de sécurité et judiciaires disposent de tous les outils nécessaires pour intervenir en temps opportun.
D'un autre côté, un plan qualitatif a été élaboré pour réguler le marché national. Ce plan repose sur la numérisation des procédures de contrôle des activités commerciales, le renforcement des mesures de surveillance économique, la modernisation des dispositifs de contrôle au niveau des ports, ainsi que l'amélioration des mécanismes de contrôle du commerce en ligne. Ce plan prévoit également la réorganisation et la réglementation des activités commerciales, le développement des réseaux de distribution des différents produits et leur suivi via des plateformes numériques.
Concernant les prix, plus la distance entre le producteur et le consommateur est réduite, plus cela a un impact positif sur la stabilité des prix, évitant ainsi qu'ils ne dépassent les limites raisonnables. Cependant, la réalité exige également que l'offre soit en adéquation avec la demande. C'est pourquoi nous veillons à encourager la production locale et à faciliter la commercialisation des produits agricoles, considérés comme les principales sources d'approvisionnement. Nous proposons également de recourir à l'importation uniquement dans les cas nécessaires pour combler les déficits du marché, conformément aux directives du Président de la République concernant la régulation des importations et la priorité donnée à la production nationale.
Il existe plusieurs lois concernant les pratiques commerciales, et des voix s’élèvent pour demander une mise à jour du système juridique et réglementaire d’un secteur vital qui constitue un maillon important dans l’équation du développement national et la protection du pouvoir d’achat des citoyens. Quels sont vos plans à cet égard ?
Effectivement, la période exige une réorganisation du domaine du commerce dans ses volets classique et électronique. Nous avons commencé une révision complète et profonde du cadre législatif et réglementaire actuel, ainsi que la préparation de nouvelles lois pour accompagner les transformations économiques et sociales, telles que la préparation d’une loi spécifique sur l’approvisionnement, la régulation du marché et la protection du pouvoir d’achat des citoyens, la mise à jour de la loi relative aux règles applicables aux pratiques commerciales, ainsi qu’au commerce électronique, la mise à jour de la réglementation relative aux espaces commerciaux et aux réseaux de grande distribution et leur développement, La mise à jour des textes relatifs à la protection du consommateur, à la qualité et à la sécurité des produits et des services, la mise à jour des conditions de contrôle de la conformité des produits importés aux frontières et des modalités y afférentes.
Tout cela vise réellement à organiser le marché national en raison du grand nombre d’intervenants, dans le but de protéger le pouvoir d’achat des citoyens.
Dans le même contexte, la régulation et l’organisation des activités commerciales reposent principalement sur la préparation d’un plan national d’urbanisme commercial, l’expansion des investissements dans les grandes surfaces et les espaces commerciaux, la préparation d’une feuille de route nationale pour une exploitation optimale des espaces commerciaux construits et non exploités en coordination avec les parties concernées, l’intégration des intervenants dans le commerce parallèle au tissu commercial officiel, la révision de l’organisation des marchés de proximité, hebdomadaires et quotidiens, le suivi du plan de création de marchés de gros régionaux pour les produits alimentaires dans plusieurs wilayas.
L’année 2025 verra également la relance de la société Magro, qui possède actuellement 9 marchés régionaux de fruits et légumes, en l’intégrant dans un plan de modernisation, de mise à jour et de développement de ses activités afin de renforcer son rôle dans l’approvisionnement et la régulation du marché avec divers produits agricoles et alimentaires. Elle sera également qualifiée pour établir des partenariats économiques avec un certain nombre de grandes municipalités, dans le cadre de la réhabilitation des institutions publiques affaiblies par les politiques précédentes qui ont échoué à atteindre les objectifs pour lesquels elles ont été créées.
Cependant, il convient également de souligner les rôles joués par le secteur privé dans le développement des réseaux de distribution et de commercialisation, ainsi que dans la moralisation du travail commercial. Je ne manquerai pas ici de mentionner les efforts du Conseil pour le renouveau économique algérien, de l’Union générale des commerçants et artisans algériens, ainsi que de toutes les associations, unions et organisations professionnelles.
Qu'en est-il du recensement économique de la production nationale pour l'année 2025 ?
Le secteur du commerce intérieur, à travers la Chambre algérienne de commerce et d'industrie, prévoit de lancer le recensement économique de la production nationale en janvier 2025, afin de déterminer les capacités de production et d'orienter les investissements locaux. Cette opération vient combler un manque notable dans les études et statistiques qui nous permettent de connaître les besoins du marché national et contribuent à définir des indicateurs de consommation.
Cette grande opération revêt une importance capitale, et tous les acteurs y participeront sous la supervision des walis et des présidents des assemblées populaires communales, en collaboration avec tous les intervenants locaux. Nous espérons que les médias nationaux accompagneront cette initiative en suscitant un débat sérieux sur l'importance de tout recensement. Les représentants du ministère et de la chambre seront présents dans toutes les wilayas pour fournir les éclaircissements nécessaires à la presse.
À cette occasion, la wilaya de Béjaïa a été choisie comme modèle pour entamer l’opération dès cette semaine, avant son lancement officiel, en raison de ses capacités de production et des moyens dont elle dispose, ainsi que de son état de préparation pour mener à bien cette phase préliminaire.
L'objectif principal de tout recensement est de collecter, analyser et exploiter les données pour prendre des décisions éclairées et mieux comprendre les besoins et les aspirations de l'économie.
Lors de votre intervention lors de la rencontre entre le gouvernement et les walis, vous avez abordé les questions liées à la sécurité alimentaire. Quelles sont, selon vous, les mécanismes permettant d’y parvenir dans un contexte mondial marqué par des défis et des turbulences, sachant que notre pays n’est pas à l’abri de ces phénomènes ?
Effectivement, la sécurité alimentaire a constitué en 2024 l’un des défis mondiaux majeurs auxquels il faut faire face à grande échelle, en raison des chocs liés au changement climatique, à la crise de l’eau, à la perte de la biodiversité, et à d’autres défis ayant des répercussions sur la sécurité alimentaire ou nutritionnelle. Cela nécessite la mise en place de mesures adaptées pour assurer cette sécurité, qui consiste essentiellement à « fournir des aliments à tous les membres de la société, en quantité et qualité suffisantes, pour répondre à leurs besoins de manière continue, afin de garantir une vie saine et active », comme le définit la Conférence mondiale sur l’agriculture de 1996.
L’amélioration de la durabilité des systèmes alimentaires et l’assurance de la sécurité alimentaire sont étroitement liées à la croissance économique, à l’augmentation des investissements dans les activités de recherche et de développement, et à l’efficacité des technologies. Il est également important de soutenir les secteurs stratégiques et futurs, dans un contexte de mutations géopolitiques et climatiques.
Dans ce cadre, la « cellule de veille et d’alerte précoce » mentionnée précédemment travaillera sur l’identification et l’analyse des éléments qui assurent la stabilité du marché national, en termes de capacités de production et de transformation, en proposant des solutions intelligentes pour développer une production locale durable. Elle encouragera également les activités agricoles stratégiques en s’appuyant sur les technologies modernes et en renforçant les capacités de recherche et de développement dans le domaine alimentaire.
En revenant sur la rencontre « gouvernement-walis », le discours de référence de Monsieur le Président de la République a tracé les grandes lignes de la phase à venir, en mettant l’accent sur l’importance des recommandations issues des ateliers où ont participé de nombreux cadres de l'État, tant au niveau gouvernemental que local. Cela a permis de formuler des appels à la concrétisation du développement local durable, à la résolution des défis liés à la sécurité alimentaire et hydrique, à la création de richesses et d’emplois, ainsi qu'à la numérisation et modernisation des services publics de proximité, sans oublier l’aménagement du territoire.
Un dernier mot, Monsieur le Ministre, à l’occasion de la nouvelle année 2025 ?
Je tiens à adresser mes sincères vœux de bonheur aux lecteurs fidèles et à l’ensemble du peuple algérien. Je profite de cette occasion pour saluer le travail des employés du secteur du commerce intérieur et des agents de contrôle qui se tiennent en première ligne pour protéger l’économie nationale et garantir la santé du consommateur. C’est une mission noble et difficile qui nécessite des efforts considérables et une grande persévérance.
Bien entendu, cette mission se croise avec celle de leurs collègues issus des corps de sécurité, des douanes, ainsi que des agents des bureaux de santé et de prévention des municipalités. Tous méritent notre reconnaissance pour leurs efforts.
Je prie Dieu Tout-Puissant de bénir notre pays avec la prospérité, la sécurité et la paix, et que notre peuple réalise ses aspirations à la prospérité et au développement. L’histoire contemporaine de notre pays a montré que ce peuple fier a toujours su transformer chaque tournant en succès éclatants, en des moments décisifs, repoussant tous les dangers et les influences négatives extérieures.