Nation

Archives coloniales: Stora plaide pour un accès sans restriction aux archives

Lors d’une conférence spéciale au Festival du film méditerranéen d’Annaba

  • 3
  • 1:38 Min

L’historien français Benjamin Stora a souligné, hier mercredi, que « l’ouverture complète et inconditionnelle des archives françaises aux chercheurs algériens, ainsi que la levée de tous les obstacles administratifs, bureaucratiques et sécuritaires qui entravent leur accès direct aux documents originaux, est devenue une nécessité méthodologique et éthique ».

S’exprimant lors d’une session « master class » organisée dans le cadre de la sixième édition du Festival du film méditerranéen d’Annaba, animée par le critique de cinéma Ahmed Bedjaoui et tenue au site et musée archéologique d’Hippone, en présence de la moudjahida Louisette Ighilahriz, Stora a expliqué que « permettre aux universitaires et historiens algériens d’accéder aux archives militaires et politiques conservées en France constitue le seul passage obligé pour élaborer une lecture historique scientifique et équitable, loin des interprétations unilatérales imposées pendant des décennies par la domination archivistique française ».

L’historien a estimé que « le maintien de parties essentielles de la mémoire commune enfermées dans des tiroirs scellés, sous prétexte de sécurité nationale ou en vertu de la loi française sur les archives, constitue un obstacle structurel au processus d’assainissement de la mémoire collective », appelant les autorités françaises à « mettre fin à l’ère de la censure et à garantir le droit du chercheur algérien d’accéder aux manuscrits et documents originaux relatifs au système de répression coloniale de 1830 à 1962 ».

Auteur de nombreux ouvrages sur la colonisation en Algérie, il a ajouté que « la transparence archivistique n’est pas seulement une revendication académique, mais un acte politique visant à libérer la vérité de toute instrumentalisation », soulignant que « la dissimulation des documents ne sert que les discours de haine qui se nourrissent des vides historiques ».

Il a conclu : « La bataille de la mémoire ne pourra être pleinement menée sans une volonté réelle de lever le secret sur les dossiers sensibles et de les mettre à la disposition des spécialistes, loin de tout calcul diplomatique étroit ».