Nation

La loi criminalisant le colonialisme remet le dossier des « essais nucléaires » sur le devant de la scène

L’Algérie commémore le 66ᵉ anniversaire des explosions

  • 2
  • 4:43 Min

L’Algérie a commémoré, hier, le 66ᵉ anniversaire des essais nucléaires français qui ont eu lieu dans le Sahara durant la période coloniale, une étape historique douloureuse dont les effets humains et environnementaux se prolongent encore aujourd’hui. À cette occasion, une activité officielle et un rassemblement national ont été organisés afin de mettre en lumière l’un des crimes les plus graves commis par le colonialisme français sur le sol algérien.

La commémoration de cette année se distingue par sa concomitance avec l’intensification du débat autour du projet de loi criminalisant le colonialisme, adopté par l’Assemblée populaire nationale et actuellement en cours de réexamen au Conseil de la nation. Le dossier des essais nucléaires constitue l’un des volets les plus importants et les plus sensibles de cette loi, car il représente une question centrale dans le parcours de la mémoire nationale et dans la revendication de reconnaissance, de justice et de réparation pour les victimes de ces crimes historiques.

Cette douloureuse commémoration coïncide également avec des mesures inédites au niveau de l’État, notamment un suivi sur le terrain supervisé par le gouvernement, marqué par l’annonce d’analyses approfondies concernant les effets des essais nucléaires et des armes prohibées, sous la supervision des ministères de l’Environnement et des Moudjahidine. Cette démarche a conduit la ministre Kaoutar Krikou à annoncer la présence de métaux lourds dans certaines régions, selon les résultats préliminaires des analyses.

Par ailleurs, le gouvernement poursuit les travaux de recherche scientifique et académique afin de documenter les preuves scientifiques permettant d’étayer les qualifications de crime contre l’humanité et de crime de guerre, renforçant ainsi les efforts nationaux pour établir les vérités historiques et réclamer justice pour les victimes et les personnes affectées par ces crimes coloniaux.

Les essais nucléaires dans la loi de criminalisation du colonialisme : ouverture des archives, reconnaissance, indemnisation et dépollution des zones contaminées
Le projet de loi criminalisant le colonialisme français en Algérie accorde une importance particulière aux essais nucléaires réalisés par la France dans le sud algérien entre 1960 et 1966, période durant laquelle 17 essais nucléaires ont été effectués dans les régions de Reggane et d’In Ekker, laissant derrière eux une catastrophe multidimensionnelle.

Le texte vise à classer ces explosions parmi les crimes contre l’humanité et les crimes environnementaux imprescriptibles, compte tenu de l’ampleur des dommages causés aux populations et à l’environnement naturel, dont les effets persistent malgré les décennies écoulées.

Faire porter à la France l’entière responsabilité des dommages
Parmi les principaux axes du projet figure l’affirmation de la responsabilité pleine et entière de la France pour les conséquences sanitaires, environnementales et sociales de ces essais nucléaires.

Les régions touchées dans le sud algérien ont enregistré la propagation de maladies graves, notamment des cancers et des malformations congénitales, ainsi qu’une contamination radioactive des sols et des eaux, aggravant la souffrance des populations locales et des travailleurs algériens employés dans des conditions dangereuses, sans protection ni considération pour la dignité humaine.

Ouverture des archives nucléaires et révélation de la vérité
Le projet insiste également sur la nécessité d’ouvrir les archives nucléaires françaises et de révéler toute la vérité, considérant cela comme une étape essentielle vers la justice historique.

Parmi les principales revendications de l’Algérie figurent la remise des cartes des zones contaminées par la radioactivité, la révélation des lieux d’enfouissement des déchets nucléaires et la publication des documents militaires français classifiés relatifs à ces essais.

Ce dossier demeure l’un des plus complexes en raison de la réticence persistante des autorités françaises à divulguer certains documents sensibles concernant ces essais et leurs conséquences.

Indemnisation et réparation pour les victimes
Dans ce contexte, des chercheurs, des spécialistes du dossier ainsi que le projet de loi plaident pour la consécration du principe d’indemnisation et de réparation en faveur des Algériens affectés, et pour la reconnaissance des souffrances des habitants du sud, restés pendant des décennies des victimes silencieuses d’irradiations mortelles.

Le texte souligne également la nécessité d’assurer une prise en charge médicale continue des victimes et de traiter les effets persistants jusqu’à aujourd’hui, traduisant l’engagement de l’État algérien à rendre justice à ses citoyens et à défendre leurs droits historiques.

Dépollution des zones contaminées et élimination des déchets radioactifs
La revendication de l’Algérie ne se limite pas à la reconnaissance et à l’indemnisation, mais s’étend à la nécessité de dépolluer les zones contaminées et d’éliminer les déchets nucléaires radioactifs, considérés comme un danger permanent pour les générations futures.

L’Algérie appelle la France à assumer sa responsabilité dans l’élimination des déchets nucléaires, la dépollution des sites affectés et le financement de projets de réhabilitation environnementale dans le Sahara algérien.

Le projet met également l’accent sur la protection de la mémoire nationale et la prévention de toute glorification ou justification du colonialisme, à travers l’intégration de ces questions dans les programmes éducatifs et le soutien à la recherche académique et aux institutions spécialisées dans le dossier mémoriel.

Une crime dont les effets persistent : un dossier toujours ouvert
Les essais nucléaires occupent une place centrale dans le projet de criminalisation du colonialisme, car ils ne constituent pas de simples événements historiques passés, mais un crime aux effets continus. Les radiations persistent pendant des décennies, les victimes n’ont pas été reconnues de manière adéquate au niveau international, et les zones affectées n’ont pas été entièrement dépolluées, tandis que la demande de justice et de réparation demeure en suspens.

À l’occasion de l’anniversaire des essais nucléaires, l’Algérie réaffirme son attachement à son droit à la vérité, à la reconnaissance et à la réparation pour ce crime majeur, considérant que la mémoire nationale n’est pas un simple rappel du passé, mais une responsabilité politique et morale visant à protéger l’histoire et à défendre les droits des victimes et des générations futures.