Plus de 130 écrivains français ont annoncé leur départ de la maison d’édition Grasset, à la suite de l’éviction de son directeur Olivier Nora, en conflit depuis un certain temps avec le nouveau propriétaire de cette prestigieuse maison, le milliardaire Vincent Bolloré. Cependant, la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase semble être l’écrivain Boualem Sansal.
Un véritable séisme a secoué le monde littéraire français, avec l’annonce de ces départs, parmi lesquels figurent des noms importants comme Frédéric Beigbeder et Virginie Despentes, dans un événement sans précédent dans l’histoire de l’édition en France.
Officiellement, ces auteurs justifient leur décision par la mise à l’écart d’Olivier Nora par Vincent Bolloré, qu’ils considèrent comme une ingérence flagrante dans le travail éditorial, visant à imposer une orientation idéologique. Nora s’y opposait, notamment face à une volonté de donner davantage de place à des auteurs controversés, critiques de l’immigration et de l’islam, dans une logique comparable à celle de la chaîne CNews, également détenue par Bolloré.
Toutefois, selon plusieurs sources, l’élément déclencheur du conflit serait lié à la publication du dernier livre de Boualem Sansal, qui a rejoint Grasset après avoir reçu une offre financière importante, incluant, selon certaines informations, un logement à Paris, en échange d’un discours très critique envers l’Algérie, l’islam et les migrants.
D’après des médias, Olivier Nora, connu pour ses positions plutôt à gauche, n’était pas favorable à l’arrivée de Sansal au sein de la maison d’édition, en raison de ses prises de position jugées proches de l’extrême droite.
Le quotidien « Le Parisien » indique que le différend portait aussi sur la date de publication du livre : Nora souhaitait une sortie en juin, période plus discrète, tandis que Bolloré insistait pour une publication en novembre, coïncidant avec la « rentrée littéraire », accompagnée d’une forte couverture médiatique via ses propres médias, afin d’augmenter les chances de récompenses, d’autant que l’ouvrage aborde notamment sa période de détention en Algérie.
Fait notable, parmi les auteurs ayant quitté la maison liée à Bolloré figure Bernard-Henri Lévy, pourtant très critique envers l’Algérie lors de l’arrestation de Sansal, et qui se retire aujourd’hui de la même maison en raison de cette affaire.
Par ailleurs, Boualem Sansal avait annoncé le mois dernier son départ de Gallimard, qu’il avait intégrée pendant plus de 25 ans, un choix qui a surpris le monde de l’édition et suscité des remises en question, même parmi ses soutiens, selon le journal Le Monde.
Selon ce dernier, qui lui a récemment consacré un long dossier, des proches de l’écrivain ont exprimé leur regret face à ses déclarations jugées extrêmes après sa libération, intervenue à la suite d’une grâce présidentielle algérienne le 12 novembre 2025.
Toujours selon « Le Monde », depuis sa libération, Sansal semble s’être rapproché des milieux de l’extrême droite, et son image s’est progressivement dégradée. Autrefois perçu comme un symbole de la liberté d’expression et soutenu par diverses sensibilités politiques, il a peu à peu dévoilé une autre facette, ses positions fluctuantes et ses interventions dans des médias proches de l’extrême droite ayant déstabilisé même ses proches.
À l’avenir, certains estiment qu’il pourrait devenir une figure utilisée par l’extrême droite pour cibler l’Algérie, un sujet récurrent pour CNews et les médias liés à Vincent Bolloré.
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