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La Méditerranée est-elle en train de devenir un nouveau théâtre de la guerre russo-ukrainienne ?

De nombreux faits et indicateurs suggèrent des opérations militaires dans le bassin, lancées depuis le territoire libyen

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De nouvelles données et indicateurs montrent que la guerre entre la Russie et l’Ukraine, ainsi que les capitales occidentales qui la soutiennent, ne se limite plus à l’espace européen. Elle commence à s’étendre à de nouveaux espaces, notamment l’Afrique du Nord et la mer Méditerranée, selon plusieurs déclarations officielles et événements récents dans la région.

Une enquête journalistique de Radio France Internationale cite deux sources concordantes, dont les identités n’ont pas été révélées, affirmant que la présence de militaires ukrainiens dans l’ouest de la Libye, sous couvert d’un « accord entre les deux gouvernements », serait liée à une attaque visant un navire russe en Méditerranée.

Selon les informations de l’enquête, plus de 200 éléments ukrainiens, dont des officiers et experts militaires, seraient déployés depuis plusieurs mois dans différentes régions de l’ouest libyen, avec l’accord du gouvernement d’unité nationale dirigé par Abdelhamid Dbeibah.

Cette présence se concentre dans des villes stratégiques comme Misrata et Tripoli, ainsi que dans la zone côtière de Mellitah, proche d’installations pétrolières sensibles.

Ces informations recoupent des accusations russes visant l’Ukraine et le Royaume-Uni, concernant une attaque contre le navire « Arctic Meragaz » en Méditerranée le 4 mars dernier. Selon l’enquête, cette attaque aurait été menée à l’aide d’un drone maritime, sur la base d’analyses d’experts des données de terrain.

Toujours selon la même source, Tripoli aurait signé en octobre dernier un accord autorisant la présence ukrainienne en Libye, en échange de programmes de formation pour les militaires libyens, notamment dans l’utilisation des drones. À long terme, cet accord prévoirait également des ventes d’armes et des investissements ukrainiens dans le secteur pétrolier libyen.

D’après les mêmes sources, le navire aurait été ciblé par un drone maritime autonome de type Magura V5, de fabrication ukrainienne et déjà utilisé en mer Noire. Il aurait été lancé depuis la base de Mellitah, touchant la salle des machines, rapidement inondée, ce qui a provoqué l’immobilisation du navire.

Il a également été noté que ces zones de présence ukrainienne, si ces informations sont confirmées, se situent à proximité de forces turques et italiennes, ainsi que du commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM), illustrant l’enchevêtrement des intérêts internationaux en Libye, un pays fragilisé sur les plans sécuritaire et politique depuis 2011.

Ces développements traduisent une évolution stratégique dans la nature de la guerre russo-ukrainienne, qui ne se limite plus à un conflit régional, mais tend à s’étendre vers de nouvelles zones, avec le risque de redessiner les foyers de tension autour du bassin méditerranéen.

Il convient de noter que l’incident du 4 mars n’est pas isolé. Le 19 décembre 2025, une source au sein des services de sécurité ukrainiens avait déjà annoncé à l’Agence France-Presse le ciblage d’un pétrolier appartenant à la « flotte fantôme » russe dans les eaux internationales de la Méditerranée.