Nation

Une « dynamique inhabituelle » dans plusieurs consulats d’Algérie

Entre crainte et espoir, des jeunes Algériens frappent aux portes du retour

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Entre hésitations persistantes et messages de réassurance adressés aux jeunes établis à l’étranger souhaitant régulariser leur situation juridique, les consulats algériens dans plusieurs pays européens, ainsi qu’en Tunisie et au Canada, connaissent une dynamique inhabituelle. Selon des données concordantes, cette mobilisation est liée au contenu de la décision du Conseil des ministres relative à la régularisation de la situation d’activistes, de personnes poursuivies en justice et d’opposants, en vue de leur retour au pays dans le cadre d’une démarche de « décrispation et de rassemblement national », adoptée il y a un mois.

Des sources bien informées au sein de plusieurs consulats, ainsi que des acteurs de la communauté algérienne en Europe ayant parlé au journal El Khabar, indiquent avoir observé l’afflux de nombreux dossiers ayant répondu favorablement à cette initiative, malgré des craintes liées à d’éventuelles « issues défavorables ». Ces appréhensions seraient motivées par la peur d’être exclus du dispositif, en raison de liens indirects avec des entités classées comme terroristes par les autorités.

Parmi ces cas figurent, selon les mêmes sources, des citoyens ayant quitté le pays dans l’espoir d’améliorer une situation sociale difficile par le biais de l’émigration irrégulière. Toutefois, certains ont eu recours à des procédures douteuses pour régulariser leur séjour en Europe, ce qui a compliqué leur situation vis-à-vis de leur pays d’origine. Il s’agit notamment d’une adhésion à des mouvements séparatistes ou à caractère politique, dans le but de justifier ou d’obtenir l’asile politique, facilitant ainsi leur régularisation et leur installation à l’étranger.

Les données recueillies confirment qu’une part importante de ces personnes a été progressivement recrutée au sein de ces entités, en contrepartie de documents ou d’attestations destinés à renforcer leurs dossiers de demande d’asile, alors même que les intéressés n’adhéraient ni aux idées ni aux pratiques de ces organisations.

Il est largement admis, dans l’opinion publique, que les jeunes migrants en situation irrégulière sont souvent prêts à prendre de grands risques pour régulariser leur situation dans les pays européens, allant jusqu’à intégrer des associations ou organisations, quelles que soient leurs orientations ou leurs arrière-plans, considérées comme une « issue » — même temporaire — pour éviter l’expulsion.

Selon les mêmes sources, il n’est pas exclu que des membres du mouvement séparatiste « MAK » aient ciblé ces profils vulnérables, en les attirant par divers « services » afin de les intégrer à leur projet. Toutefois, la majorité des jeunes concernés rejetait intérieurement ces convictions, sans exprimer ouvertement leur position avant d’atteindre leurs objectifs personnels.

Parmi les personnes s’étant rapprochées des consulats, ou hésitant encore à le faire, certaines ont tenté de mandater des avocats pour déposer les formulaires requis, par crainte de faire l’objet de mesures de retenue au niveau des représentations diplomatiques. Cette démarche a cependant été rejetée par les autorités consulaires, qui ont diffusé des messages de réassurance par les canaux officiels, ainsi que par l’intermédiaire d’associations et d’acteurs de la diaspora, à destination des personnes remplissant les conditions fixées par la décision du Conseil des ministres.

Bien que cette décision ait clairement défini les catégories concernées et les conditions d’éligibilité aux nouvelles mesures, les réticences de certains s’expliquent également par la peur de perdre leur liberté d’expression ou leur capacité à aborder des questions d’intérêt public, notamment pour ceux poursuivis en raison d’activités ou de contenus publiés sur les réseaux sociaux.

Dans sa décision, le Conseil des ministres, présidé par le président Abdelmadjid Tebboune, a insisté sur la régularisation de la situation des jeunes Algériens vivant à l’étranger dans des conditions précaires et irrégulières.

Le communiqué précise que le président Tebboune a « lancé un appel aux jeunes Algériens à l’étranger qui ont été volontairement induits en erreur par des personnes ayant cru, à tort, pouvoir nuire à la crédibilité de l’État en les instrumentalisant à l’étranger contre leur pays ». Le texte souligne que la majorité de ces jeunes n’a commis que des délits mineurs, tels que la crainte d’une simple convocation par la police ou la gendarmerie pour audition concernant des faits liés à l’ordre public ou à des situations similaires.

Le communiqué est également entré dans des détails correspondant à la situation de ceux qui se sont rapprochés d’organisations suspectes afin de régulariser leur situation sociale, soulignant qu’ils ont été « exploités par des milieux criminels et des réseaux », ce qui les expose à une atteinte à leur réputation aussi bien dans leur pays d’accueil que dans leur pays d’origine.

Concernant l’avenir des éventuels rapatriés, le communiqué indique que « les institutions de la République ont décidé, dans un consensus total, de régulariser la situation des Algériennes et des Algériens, à condition qu’ils s’engagent à ne pas récidiver ». Il précise que les consulats veilleront à l’application de cette décision « jusqu’au retour des enfants de l’Algérie dans le giron de leur patrie ».

À l’analyse des procédures mises en place, du degré d’adhésion à celles-ci et des acteurs impliqués, il apparaît qu’un enjeu majeur et discret se joue autour d’un segment important de la jeunesse algérienne. Celui-ci est lié aux craintes d’une instrumentalisation de compétences et d’énergies nationales dans des projets politiques ou sociétaux sans réelle conscience de leurs implications. Les autorités ont pris acte de l’ampleur et des répercussions potentielles de ce phénomène à moyen et long termes, et ont adopté des mesures préventives pour y faire face.