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L’escalade de Trump face à l’Iran pourrait lui coûter la présidence

Il est la cible de critiques croissantes de la part des démocrates, mais aussi de certains républicains

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Dans une initiative qualifiée par Washington de « la plus audacieuse » depuis son arrivée au pouvoir, le président américain Donald Trump a lancé, le 28 février, une vaste attaque militaire contre l’Iran, en coordination avec Israël. L’opération aurait fait plus de 201 morts, dont des dizaines d’enfants, et entraîné l’assassinat du Guide suprême iranien Ali Khamenei ainsi que de plusieurs hauts responsables.

Mais cette décision, perçue comme une victoire rapide sur le plan extérieur, a ouvert un front intérieur brûlant aux États-Unis. La classe politique s’est divisée entre partisans enthousiastes et opposants farouches, sur fond de craintes croissantes de voir ce « coup victorieux » se transformer en cauchemar électoral pour Trump et les républicains lors des prochaines élections de mi-mandat.

L’offensive militaire américano-israélienne continue de susciter une vive controverse à Washington. À l’approche des élections décisives de novembre, qui détermineront non seulement le contrôle du Congrès mais aussi la trajectoire vers la prochaine présidentielle, Trump fait face à des critiques de plus en plus appuyées, venant des démocrates mais aussi de certains membres de son propre camp.

Selon des sondages relayés par la presse américaine, l’opinion est profondément divisée selon les lignes partisanes. Alors que 68 % des républicains soutiennent l’intervention, la jugeant « nécessaire pour contrer la menace iranienne imminente et protéger les intérêts américains », les démocrates y sont massivement opposés (90 %). Des figures comme Hakeem Jeffries et Chuck Schumer ont dénoncé l’absence d’autorisation législative et le manque de « clarté stratégique », qualifiant la guerre d’« illégitime ».

Au sein de l’aile progressiste démocrate, la représentante Rashida Tlaib a jugé la guerre « illégale », tandis que Alexandria Ocasio-Cortez l’a qualifiée de « catastrophique ». Fait notable, certaines voix dissidentes se sont élevées dans les deux partis : le républicain Thomas Massie a publiquement rejeté l’intervention, tandis que le démocrate John Fetterman l’a soutenue.

Bolton : une décision historique aux risques majeurs
L’ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton a qualifié la frappe de « décision la plus importante de la présidence Trump », tout en avertissant de ses conséquences potentielles. S’il a salué l’élimination du sommet du régime iranien, il a exprimé son inquiétude face à l’absence de planification stratégique à long terme, redoutant un chaos régional, notamment dans le détroit d’Ormuz, susceptible de perturber l’approvisionnement mondial en pétrole.

« MAGA » dans la tourmente
Des observateurs estiment que la guerre représente un pari politique risqué pour Trump et les républicains. Elle semble contredire la promesse « America First » qui avait galvanisé sa base électorale.

Avec les premières pertes dans les rangs de l’armée américaine et la hausse des prix du carburant liée aux tensions régionales, certains stratèges redoutent un désengagement des électeurs fidèles au slogan « Make America Great Again ». Dans des circonscriptions très disputées, où la majorité au Congrès tient à peu de voix, un tel scénario pourrait s’avérer déterminant.

De nombreux analystes soulignent que l’électeur américain est généralement plus sensible aux conséquences économiques et humaines d’un conflit qu’aux succès diplomatiques. Si la guerre devait s’enliser sans issue claire, la « frappe du 28 février » pourrait se transformer, pour Trump et son parti, en lourd handicap lors des élections cruciales de novembre.