Monde

Dans les coulisses du palais royal marocain

Lecture de l’ouvrage "Mohammed VI, le mystère" de Thierry Oberlé.

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Publié en 2026 aux éditions Flammarion, l’ouvrage « Mohammed VI : le mystère » du journaliste français Thierry Oberlé propose l’un des portraits d’investigation les plus audacieux du roi du Maroc depuis son accession au trône. S’appuyant sur un vaste réseau de sources et d’entretiens confidentiels, l’auteur tente de percer le mur du silence entourant le Palais royal et de décrypter la personnalité et le mode de gouvernance du souverain.

Le livre est structuré en quatre grandes parties, retraçant le parcours de Mohammed VI depuis son enfance sous l’ombre de son père, Hassan II, jusqu’à ses dernières années, marquées par une dégradation de son état de santé et un mode de vie itinérant entre palais et résidences luxueuses à travers le monde.

Dès l’introduction, Thierry Oberlé replonge le lecteur dans un épisode sanglant du règne de Hassan II en 1990, afin de mettre en perspective la transition vers une apparente période d’ «accalmie» sous Mohammed VI. Un calme que l’auteur décrit comme trompeur, dissimulant une extrême complexité du pouvoir, où le roi apparaît comme une énigme protégée par l’opacité médiatique et les tabous sociaux.

Une large partie de l’ouvrage est consacrée à la question de la santé du roi, présentée comme une clé essentielle pour comprendre son exercice du pouvoir au cours de la dernière décennie. Le livre évoque plusieurs interventions chirurgicales (œil, cœur), son infection à la Covid-19, ainsi qu’un amaigrissement spectaculaire, attribué par certaines sources à une maladie chronique. Cette situation aurait entraîné un recul progressif de ses apparitions publiques et favorisé une délégation non officielle du pouvoir à un cercle restreint de conseillers, dans ce que l’auteur qualifie d’« autocratie intelligente ».

Thierry Oberlé dresse un portrait contrasté du souverain, oscillant entre l’image du « roi cool », amateur de technologies et de sports nautiques, et celle d’un homme replié dans un “cage dorée”, parfois qualifié de manière provocatrice de « roi paresseux », selon une référence historique assumée par l’auteur.

Le livre aborde également la dimension géopolitique, notamment la relation étroite et ambiguë entre le Maroc et la France, présentée comme une seconde capitale de l’élite marocaine, ainsi que les dossiers sensibles tels que les mouvements de protestation à Al Hoceïma et la question du Sahara occidental, toujours analysés sous l’angle de la stabilité du pouvoir central.

Sur le plan personnel, l’ouvrage revient sur l’enfance du roi, marquée par une éducation ultra-contrôlée, une surveillance constante et une relation tendue avec son père, qui aurait douté de ses capacités à régner et menacé de modifier l’ordre de succession. Ces tensions auraient façonné une fragilité psychologique durable chez Mohammed VI.

Avant son accession au trône, le futur roi aurait connu une période de vie mondaine intense, entre shopping de luxe, voyages et fêtes dans les grandes capitales occidentales, un mode de vie qui aurait accentué son éloignement progressif des réalités sociales marocaines.

Devenu roi en 1999, Mohammed VI incarne un temps l’espoir du changement, avec des décisions symboliques telles que l’éviction de Driss Basri et la création de l’Instance Équité et Réconciliation. Toutefois, selon l’auteur, les fondements du système de pouvoir sont restés inchangés, malgré les réformes sociales et constitutionnelles, notamment après le printemps arabe de 2011.

Le livre met également en lumière le mode de vie itinérant du souverain, souvent absent du territoire marocain, partagé entre la France, l’Afrique et des destinations balnéaires de luxe. Il évoque ses passions pour le streetwear, le hip-hop et les arts martiaux mixtes (MMA), ainsi que ses relations controversées avec les frères Azaitar, figures proches du roi, sources de malaise au sein de l’establishment traditionnel.

Enfin, Thierry Oberlé identifie les véritables centres du pouvoir, incarnés par un cercle restreint de proches : Fouad Ali El Himma, Mounir El Majidi et Yassine Mansouri, présentés comme les véritables « vice-rois » assurant la gestion quotidienne de l’État.

La conclusion de l’ouvrage ouvre la voie à une interrogation majeure : que sera l’après Mohammed VI ?

L’attention se porte progressivement sur son fils, le prince héritier Hassan, qui se prépare à assurer la succession, dans un contexte marqué par l’absence de visibilité sur la forme que pourrait prendre le futur exercice du pouvoir.

Dans un climat caractérisé par le recul progressif du roi et la fragilité de son état de santé, l’avenir du Royaume demeure source de spéculations et d’inquiétudes.