La cour criminelle près la cour de justice d’Annaba a condamné, hier en fin de journée, l’ancien chef du service commercial de l’Office national du tourisme et des voyages (ONAT), antenne de la wilaya d’Annaba, à quatre ans de prison ferme et à une amende. Cette condamnation intervient après une période de fuite en France de plus de 30 ans. L’intéressé, qui s’est récemment rendu aux autorités, était poursuivi, avec l’ancien directeur de l’antenne de l’ONAT à Annaba, pour le détournement de 800 millions de centimes durant la décennie noire.
L’accusé, actuellement poursuivi dans cette affaire, avait déjà été condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité pour des faits de détournement et de transfert de fonds publics à des fins personnelles ou au profit de tiers, de destruction de documents publics, ainsi que de faux et usage de faux. Ces actes auraient été commis en complicité avec le principal accusé, l’ancien directeur de l’agence, à partir de 1992 et jusqu’à la découverte de cette importante anomalie financière.
Le montant détourné avait alors été estimé à plus de 800 millions de centimes. Il s’agissait principalement de détournements et de transferts illégaux, effectués pendant de longues années, des recettes issues de la vente de billets de voyage sur les lignes d’Air Algérie et de l’Entreprise nationale de transport maritime de voyageurs (ENTMV), à destination de l’Europe et d’autres pays.
L’affaire impliquant ce groupe de cadres et d’employés de l’antenne de l’Office national du tourisme et des voyages à Annaba a été révélée à la suite d’une plainte déposée par un employé de la même agence auprès du procureur de la République près le tribunal d’Annaba. Le plaignant faisait état d’agissements illégaux de certains responsables de l’agence, ayant entraîné le gaspillage et le détournement de deniers publics.
Ces informations ont conduit à l’ouverture d’une enquête judiciaire le 8 mai 1996. Après examen des registres et des relevés d’activité relatifs à la vente de billets de voyage à l’étranger sur les vols d’Air Algérie et les traversées maritimes assurées par l’ENTMV, ainsi qu’un contrôle administratif et comptable, les enquêteurs ont d’abord découvert un déficit financier estimé à 330 millions de centimes.
Le montant détourné a ensuite dépassé les 800 millions de centimes, après l’intervention d’une commission d’inspection relevant de la direction générale de l’ONAT, à Alger. La majeure partie des sommes concernées provenait des recettes de la vente de billets de voyage à l’étranger à partir de 1996. Ces fonds étaient transférés vers des comptes personnels, au lieu d’être versés, conformément aux procédures en vigueur, sur le compte bancaire de l’ONAT ouvert auprès du Crédit populaire d’Algérie (CPA), situé place de la Révolution, dans la commune d’Annaba.
Les personnes poursuivies dans cette affaire ne se seraient pas limitées à ces faits. Certaines auraient également détourné des sommes versées par la direction générale de l’ONAT à des employés, à leur insu. Il s’agissait notamment d’employés et d’employées bénéficiant, à la fin de leur carrière ou de leur relation de travail avec l’Office, de primes et d’aides financières dépassant 20 millions de centimes par personne. Ces sommes étaient versées sur le compte bancaire de l’agence.
Lors de leurs auditions, les personnes mises en cause, parmi lesquelles l’ancien directeur de l’agence, plusieurs employés et cadres, dont le chef du service commercial et le trésorier, ont reconnu avoir commis ces actes. Ils ont notamment admis des détournements de fonds de l’Office, des faits de faux et usage de faux ainsi que la destruction de documents, depuis 1995.
Ils ont déclaré avoir profité des conditions sécuritaires difficiles que traversait le pays durant la décennie noire pour détourner ces sommes considérables. À l’issue des opérations d’audit comptable menées par des commissions d’enquête administratives et judiciaires, le montant a été évalué à plus de 800 millions de centimes. Une somme qualifiée d’« énorme et inimaginable » au regard de la période durant laquelle les fonds ont été transférés.
Les contradictions relevées dans les déclarations des accusés lors des confrontations menées au cours des enquêtes sécuritaires et judiciaires ont également fait apparaître des indices et des éléments probants laissant supposer un enrichissement excessif de certains responsables et employés. Leurs salaires mensuels à l’Office national du tourisme et des voyages ne semblaient pas pouvoir justifier les avantages dont ils bénéficiaient ni les signes de richesse ostentatoire constatés.
Au cours des différentes étapes de l’enquête judiciaire et de leur comparution devant la cour criminelle, les personnes poursuivies ont toutefois tenté de nier les faits qui leur étaient reprochés. La plupart ont affirmé ne rien savoir de l’affaire du détournement.
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