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Le canon Baba Merzoug au centre d'une polémique au parlement français

La députée d’origine algérienne Fatiha Keloua Hachi a affirmé que les biens spoliés à l’Algérie ne peuvent être réduits à de simples prises de guerre

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La demande de restitution du canon Baba Merzoug, également appelé « le Consulaire », a été évoquée lors du débat tenu à Assemblée nationale française lundi dernier, à l’occasion du vote d’une loi visant à faciliter la restitution, sous conditions, des biens culturels spoliés par la France.

La députée d’origine algérienne Fatiha Keloua Hachi a souligné que les biens pris à l’Algérie ne peuvent être réduits à de simples prises de guerre, mais constituent des symboles porteurs d’une valeur historique et culturelle liée à l’identité nationale. Elle a expliqué que des pièces telles que les épées de l'Emir Abdelkader et le canon Baba Merzoug représentent le cœur de la mémoire algérienne, critiquant le maintien de leur classification militaire utilisée comme obstacle juridique à leur restitution. Elle a également appelé à la création d’une commission scientifique indépendante chargée d’examiner la nature de chaque objet.

La députée s’est appuyée sur les travaux de la commission mixte franco-algérienne sur la mémoire, qui inclut des historiens des deux pays, dont Benjamin Stora. Cette commission a proposé une liste d’objets culturels à restituer à l’Algérie afin d’apaiser les tensions et d’améliorer les relations bilatérales. Parmi ces objets figurent clairement les épées de l’Émir Abdelkader et le canon Baba Merzoug, considérés comme des priorités.

La proposition a reçu un soutien partiel du député socialiste Pierre Pribetich, qui a indiqué que certains objets, comme le canon Baba Merzoug, s’inscrivent dans un contexte militaire postérieur à 1815 avant d’être intégrés comme éléments symboliques dans les musées français. Il a reconnu la demande de restitution de l’Algérie, tout en insistant sur la nécessité d’un traitement au cas par cas dans le cadre du dialogue culturel et diplomatique.

À l’inverse, des représentants de l’extrême droite, notamment Florence Joubert et Frédéric Pierre Vos, ont exprimé un refus catégorique, considérant ces objets comme faisant partie du patrimoine historique français et comme des prises de guerre. Ils ont mis en garde contre un élargissement des restitutions, qui pourrait selon eux fragiliser le patrimoine national français.

Bien que la loi adoptée à une large majorité ouvre la voie à la restitution des biens, elle a été restreinte par un amendement critiqué par Karim Ben Cheikh et Fatiha Keloua Hachi. Karim Ben Cheikh a estimé que cet amendement vide la loi de sa substance en limitant concrètement les restitutions, le qualifiant de « prolongement d’une logique de tutelle culturelle ».

Cette loi établit un cadre permanent pour la restitution des biens culturels acquis de manière illégale, au lieu de traiter chaque cas par des lois spécifiques. Elle fixe des conditions claires, notamment l’origine de l’objet et le caractère illégal de son acquisition (vol, pillage, etc.), avec une période d’application comprise entre 1815 et 1972. Elle prévoit également un mécanisme institutionnel impliquant une commission scientifique spécialisée, suivie d’un examen par une commission parlementaire, puis par le Conseil d’État.