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De la dissuasion mutuelle à l’escalade sans limites en Iran

Des changements fondamentaux apparaissent dans les règles d’engagement entre la guerre des douze jours (guerre de juin 2025) et la guerre en cours aujourd’hui.

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La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran est entrée dans son quatrième jour, marquée par une intensification des opérations militaires, un élargissement des cibles et une montée significative des représailles. Le nombre de victimes et les pertes matérielles ont fortement augmenté des deux côtés. Fait inédit, des bases militaires et des ambassades américaines dans les pays du Golfe sont devenues des cibles de missiles iraniens.

Ces développements suggèrent un changement profond des règles d’engagement : on est passé de ripostes limitées à une confrontation plus directe, et d’une logique de dissuasion mutuelle à une tentative de rupture des équilibres établis.

Comparée à la « guerre des douze jours » (juin 2025), l’actuelle confrontation se distingue par l’intensité des frappes, la nature des cibles et son extension géographique. Cela reflète des objectifs différents et des agendas stratégiques plus larges. Selon certaines analyses, Israël considérerait que le moment est opportun pour affaiblir, voire renverser le système politique iranien, après les revers subis par ses réseaux d’influence en Syrie et au Liban.

Parmi les événements les plus marquants figure l’assassinat du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, ainsi que de plusieurs hauts responsables politiques et militaires, lors d’une frappe israélienne au premier jour du conflit. Téhéran a qualifié cet acte de franchissement des « lignes rouges », estimant qu’il s’agit d’une tentative de remodeler le système politique iranien et l’équilibre régional.

Des sites militaires, politiques et civils ont été ciblés à travers l’Iran. Les autorités iraniennes ont annoncé plus de 800 morts, dont 170 élèves tuées dans le bombardement d’une école.

En réponse, le Corps des gardiens de la révolution islamique a annoncé la fermeture du Détroit d'Hormuz, une décision aux conséquences majeures sur la guerre et les marchés énergétiques mondiaux. Selon des responsables iraniens, aucune exportation de pétrole ne serait autorisée tant que la pression militaire persiste. L’agence Tasnim News Agency a également rapporté qu’un navire tentant de franchir le détroit aurait été ciblé.

Parallèlement, l’Iran a élargi ses opérations aux bases américaines dans la région, ainsi qu’au domaine maritime, avec des attaques de drones et d’embarcations visant des pétroliers et des navires commerciaux au large d’Oman et en mer d’Arabie. Des fragments de missiles et de drones sont tombés dans des zones du Golfe, accentuant les craintes d’une extension géographique du conflit.

En Israël, des missiles iraniens auraient visé le siège du Premier ministre et des complexes gouvernementaux, touchant notamment Jérusalem, Beer-Sheva, la baie de Haïfa, la Galilée, la vallée du Jourdain et Tibériade, causant des victimes.

Un développement particulièrement sensible est l’entrée en scène du Hezbollah, qui a bombardé des positions israéliennes, entraînant des frappes israéliennes massives sur la banlieue sud de Beyrouth et le sud du Liban. Par ailleurs, la « résistance islamique en Irak » a revendiqué 28 opérations contre des bases américaines en Irak et dans la région.

Les inquiétudes internationales grandissent face au risque d’un conflit régional multi-fronts, impliquant des opérations terrestres, aériennes et navales, avec la possibilité d’une implication directe ou indirecte d’autres acteurs.

Ces quatre premiers jours témoignent d’un passage d’une stratégie de « dissuasion mutuelle calculée » à une volonté de provoquer un choc stratégique en ciblant des dirigeants et des centres de décision. L’élargissement du théâtre des opérations aux détroits maritimes et aux bases américaines montre la volonté de Téhéran d’internationaliser le coût du conflit, notamment en liant la sécurité énergétique mondiale à l’évolution de la guerre.

En définitive, l’Iran semble chercher, par l’intensification et l’élargissement de ses opérations, à contrecarrer toute tentative des États-Unis et d’Israël d’imposer un nouvel ordre sécuritaire régional qui l’exclurait au profit d’Israël.

Cependant, l’élargissement du conflit aux espaces aérien, terrestre et maritime, ainsi que l’implication d’acteurs indirects, accroissent le risque d’un glissement vers une guerre régionale totale dont nul ne maîtriserait réellement les dynamiques.

Une telle évolution entraînerait des coûts militaires et économiques extrêmement élevés et redessinerait inévitablement la carte des équilibres de puissance et des zones d’influence dans la région.