Nation

L’Algérie et la Tunisie, cibles d’une « guerre virtuelle »

Qui cherche à semer la discorde entre les deux peuples frères ?

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Alors que les postes-frontières Est et les marchés connaissent une activité commerciale et sociale soutenue, une « guerre virtuelle » invisible et organisée semble être menée par de nombreux comptes et pages en ligne.

Ces derniers mois, des activistes algériens et tunisiens ont observé l’échange de contenus provocateurs, incitant à la haine ou à la discrimination entre certains groupes sociaux limités, diffusés par des comptes à identité incertaine ou utilisant des pseudonymes.

Selon les activistes interrogés par le journal « El Khabar », ces contenus ne ressemblent pas aux tensions habituelles entre peuples voisins, qui apparaissent généralement lors d’événements sportifs ou de disputes ponctuelles pendant les voyages, puis disparaissent rapidement sans laisser d’impact durable.

Il s’agit plutôt, selon leurs observations, de publications ciblées adoptant une orientation stable, sans lien avec des événements précis, et traitant des sujets sensibles alimentant les divisions régionales, ce qui laisse penser à une activité organisée plutôt que spontanée.

Malgré les crises passagères qui n’ont jamais affecté la solidité des relations entre les peuples algérien et tunisien, grâce aux liens de parenté, de mariage, de commerce et de coopération étroite, ces contenus semblent cibler la dégradation durable des relations en créant des récits fictifs ou en liant les questions bilatérales à des thèmes existentiels, sécuritaires ou souverainistes issus de l’imagination.

L’analyse de ces pratiques, qui ne peuvent être qualifiées de phénomène social structuré en raison de l’absence d’éléments d’expression spontanée et collective, montre que les internautes se divisent en plusieurs catégories :

Une partie suit ces discours, s’y influence et s’y engage, une autre prend rapidement du recul, certains restent indifférents, alors que d’autres identifient immédiatement la nature de ces contenus sans chercher leur origine. Un autre groupe adopte une lecture globale des événements pour comprendre le contexte.

Des Algériens intégrés dans la société tunisienne rapportent que ces contenus n’occupent pas une place significative dans les conversations quotidiennes entre citoyens de toutes catégories sociales. Lorsqu’ils sont évoqués, ils suscitent souvent étonnement et moquerie, tandis que certains estiment qu’une partie de la population peut être influencée par ces tentatives de manipulation.

Les observations menées auprès de commerçants et d’activistes opérant dans les axes de El Tarf, Souk Ahras, Tébessa et El Oued, ainsi que vers Aïn Draham, Tabarka, Ghardimaou, Sidi Bouzid, Kasserine, Gafsa, jusqu’à Tunis, ainsi que dans les zones à forte présence algérienne comme Sétif, El Eulma, Aïn M’lila et Aïn Fakroun, montrent que les différends entre citoyens des deux nationalités ne dépassent généralement pas les dimensions commerciale et sociale, et ne conduisent ni à une rupture ni à une hostilité telle que décrite par certaines pages.

Les activistes n’excluent pas l’existence d’une « main étrangère » derrière ces campagnes, qu’ils relient à des réseaux opérant à l’aide d’algorithmes et d’agendas politiques ou sécuritaires. Ils font notamment référence à des révélations de la plateforme X (social network), qui a activé récemment une fonctionnalité de suivi géographique des comptes vérifiés, permettant de détecter un large réseau de comptes fictifs prétendant appartenir à des régions spécifiques.

Cette analyse a montré que certains comptes étaient en réalité gérés depuis d’autres pays, notamment la Turquie, le Royaume Uni, le Yémen et certaines régions d’Afrique du Nord, dans le but de susciter la polémique, fabriquer des récits fictifs et cibler la stabilité des sociétés.

La révélation de ce réseau a poussé plusieurs de ces comptes à disparaître progressivement, un phénomène que des experts qualifient de renforcement de « l’intégrité numérique » et de prise de conscience sociétale face aux messages organisés et malveillants.

Les activistes ajoutent que, malgré un impact limité de ces activités, une certaine immunité sociale contribue à leur disparition rapide. Ils accusent notamment les services de renseignement marocains ainsi que leurs partenaires « sionistes et émiratis », affirmant qu’ils disposeraient de logiciels et d’outils permettant de créer de faux comptes portant des identités algériennes et tunisiennes afin de diffuser des contenus incitatifs visant à semer la division entre les deux pays, selon leurs propos.