Un rapport analytique sur la nature des positions des pays européens à l’égard de l’Algérie et du Maroc met en garde contre les conséquences négatives de l’absence d’une politique cohérente entre les États membres, chaque gouvernement privilégiant ses propres intérêts au détriment de la cohésion du bloc.
Le rapport, publié avant-hier par le centre de recherche américain « Stimson », spécialisé dans la sécurité internationale à travers la recherche appliquée, l’analyse indépendante et l’élaboration de politiques, prévoit de lourdes répercussions liées aux divergences entre les pays européens et à leurs approches unilatérales et incohérentes vis-à-vis de l’Algérie et du Maroc.
L’auteur de l’étude, Jalel Kachib, dont les travaux portent sur les politiques des puissances majeures et intermédiaires ainsi que sur les dynamiques en Afrique du Nord et en Méditerranée, souligne que si la France et l’Espagne soutiennent le plan d’autonomie marocain, l’Italie et l’Allemagne maintiennent une position de neutralité, tirant parti de leurs relations avec l’Algérie.
Le chercheur estime que l’impact sur l’Union européenne découle du fait que le soutien d’un État membre à l’un des deux pays nuit à ses relations avec l’autre, exposant ensuite l’ensemble à des pressions de rétorsion susceptibles d’affecter les intérêts européens.
Le centre, basé à Washington, indique que ces divergences affaiblissent la capacité de l’Union européenne à agir en tant que bloc uni et menacent ses valeurs lorsqu’elle privilégie des intérêts nationaux, soulignant que l’inaction ou le parti pris « ne constituent pas une option durable ».
L’institution, fondée à la fin de la guerre froide, estime que les alignements géopolitiques divergents en Europe, la course aux armements et l’érosion de l’interdépendance économique pourraient conduire à un dilemme sécuritaire classique susceptible d’échapper à tout contrôle.
Pour réduire les risques, l’auteur du rapport préconise que l’Union européenne adopte une stratégie de « double endiguement souple », fondée sur une neutralité active, le renforcement de la confiance et la promotion des intérêts communs.
Cette approche vise à désamorcer les tensions sans prendre parti, en recourant à des outils non conflictuels tels que la médiation, les partenariats économiques et les initiatives culturelles. Pour concrétiser cette vision, le centre propose notamment de renforcer la coordination interne via un mécanisme au sein du Service européen pour l’action extérieure ou de nommer un envoyé spécial chargé de gérer la crise de manière unifiée.
Selon le chercheur, il est également nécessaire d’empêcher les États membres d’exploiter la crise à des fins unilatérales, dans une allusion apparente aux positions de Paris et Madrid sur la question du Sahara occidental, jugées en décalage avec la ligne officielle de l’Union européenne.
Parmi les recommandations figure également l’approfondissement des relations commerciales de l’Union avec l’Algérie et le Maroc, à condition que les deux pays s’engagent dans des négociations sérieuses ou lancent des projets économiques communs, notamment dans le domaine de l’énergie verte, ainsi que leur connexion à l’Italie via un corridor énergétique favorisant l’interdépendance et réduisant les risques d’escalade.
Dans le même esprit, le rapport appelle à soutenir les initiatives de confiance à travers une diplomatie informelle et à revoir les politiques migratoires dans un espace méditerranéen partagé, afin de réduire les flux migratoires irréguliers et de stimuler le développement.
Le rapport conclut que cette approche permettrait de remplacer « la logique de confrontation par une logique de partenariat », de consolider une sécurité commune sur les deux rives de la Méditerranée et de préparer le terrain à une solution durable.
Enfin, l’analyse part du constat que « les tensions croissantes entre l’Algérie et le Maroc poussent la région du Maghreb vers une confrontation déstabilisatrice », avec des répercussions directes sur la sécurité européenne, l’approvisionnement énergétique et la gestion des migrations.
Le rapport évoque également plusieurs indicateurs de crise, notamment « les perturbations des flux de gaz, les mesures commerciales de rétorsion et les pressions migratoires affectant des pays comme l’Espagne, la France et l’Italie », soulignant que la réponse fragmentée de l’Europe a affaibli sa capacité à gérer la situation, d’où la nécessité d’une stratégie coordonnée fondée sur la neutralité, l’interdépendance économique et la confiance.
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