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Tensions dans la région : des opérations militaires maliennes en Mauritanie ?

L’armée mauritanienne a démenti toute incursion ou opération menée par les forces maliennes sur son territoire. Toutefois, plusieurs indicateurs laissent entrevoir une montée des tensions sécuritaires dans la région, alimentant les inquiétudes sur l’évolution de la situation entre les deux pays

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La tension entre la Mauritanie et le Mali a atteint, ces dernières heures, un niveau qualifié d’inédit, après la diffusion d’informations faisant état d’un franchissement de la frontière par l’armée malienne et de la conduite d’opérations militaires en territoire mauritanien.

Ces rumeurs ont rapidement conduit l’armée nationale mauritanienne à publier un communiqué explicatif, samedi soir, dans lequel elle affirme qu’aucune violation de la frontière n’a été enregistrée. Elle précise que les récents mouvements de patrouilles des forces maliennes se sont déroulés à l’intérieur du territoire malien, bien qu’à proximité immédiate de la bande frontalière.

L’armée mauritanienne a également démenti les informations faisant état de l’entrée de forces maliennes dans des villages mauritaniens, soulignant que les localités citées se trouvent, selon les cartes officielles, en territoire malien. Elle a réaffirmé dans ce contexte la « pleine préparation » des forces armées pour protéger les frontières et suivre la situation de près.

Le communiqué a été accompagné d’une carte explicative montrant les zones d’opérations militaires ainsi que leur distance par rapport à la frontière, estimée entre six et dix kilomètres.

À l’origine de cette montée de tensions, la diffusion par la télévision publique malienne, le 4 avril, d’un reportage montrant une opération d’interception par l’armée d’un convoi logistique, présenté comme destiné à des groupes armés dans le nord du pays, en référence notamment à des groupes actifs dans la région de l’Azawad ou liés à la « Front de libération de l’Azawad ».

Les autorités sécuritaires maliennes ont indiqué que les informations initiales évoquaient deux camions en provenance de Mauritanie, l’un transportant des motos et l’autre des barils de carburant, interceptés dans les zones de Bentagougou, Lérénéb et Rasselma, dans la région de Tombouctou, images vidéo à l’appui présentées comme preuves.

Cependant, les résultats des enquêtes, relayés par des sources médiatiques mauritaniennes, ont livré une version différente. Selon ces éléments, le premier camion transportait une cargaison commerciale normale, chargée le 31 mars 2026 à Baskou en Mauritanie, composée d’environ cent motos destinées à des commerçants maliens identifiés, pour livraison à Tin-Hidjda.

Il a également été établi que ce camion est immatriculé au Mali et appartient à un opérateur économique, et que son chauffeur a été interpellé sans qu’aucun élément ne prouve une activité illégale.

Concernant le second camion, les enquêtes indiquent qu’il avait quitté la Mauritanie le 6 mars 2026 avec une cargaison commerciale variée à destination de Gao. Il a été intercepté le 3 avril 2026 à l’est de Zouerate alors qu’il était vide et en retour, ce qui contredit les accusations selon lesquelles il transportait du carburant.

Les sources sécuritaires soulignent également que l’analyse des vidéos diffusées révèle plusieurs incohérences, notamment l’absence de continuité chronologique entre les scènes, la présentation conjointe de deux camions sans lien opérationnel, ainsi que des éléments visuels incompatibles avec les conclusions des enquêtes de terrain, notamment concernant les barils de carburant.

De son côté, l’Office de la radio et de la télévision du Mali avait diffusé un reportage montrant les deux camions, présentés comme faisant partie d’une opération d’interception d’un convoi logistique destiné à des groupes armés.