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Mali: les effets d’une alliance controversée

Les attaques des groupes armés aggravent la crise sécuritaire et politique dans le pays

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Ce que l’Algérie avait mis en garde il y a quatre ans est en train de se réaliser aujourd’hui, sous les yeux du monde entier. Ceux qui pensaient que faire appel à des acteurs éloignés apporterait des solutions se sont lourdement trompés. Lorsque l’Algérie a alerté, elle n’a pas été écoutée. Le président Abdelmadjid Tebboune l’a répété à plusieurs reprises, tout comme le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf lors de différentes rencontres avec ses homologues européens, russes, américains et d’autres responsables concernés par la situation au Mali et dans le Sahel, avertissant que le risque de sombrer dans le chaos des guerres civiles et de l’autodestruction entraînerait inévitablement de lourdes conséquences.

En tant que pays promoteur de paix, de sécurité et de prospérité pour ses voisins, l’Algérie avait anticipé les événements et tendu la main aux différentes parties au Mali, les appelant à abandonner les logiques de surenchère et à s’engager dans un processus de dialogue. Cependant, Assimi Goïta a choisi de se rapprocher des « faiseurs de guerre », attisant les tensions dans la région. Il a cru, à tort, que s’aligner sur un régime marocain affaibli pourrait le protéger d’un destin peu enviable, allant jusqu’à se laisser séduire par des promesses de changement géopolitique et d’accès à l’océan Atlantique, tout en menaçant la stabilité de la Mauritanie voisine.

Il s’agit là du « goût amer » récolté par le régime issu du coup d’État d’Assimi Goïta, conséquence de son entêtement et de ses alliances avec ceux qui alimentent les conflits et la violence.

Plus clairement, le régime militaire au pouvoir à Bamako conduit le pays vers un isolement régional et international en raison de décisions jugées imprudentes, prises pour justifier sa continuité au pouvoir. Parmi celles-ci figure l’abandon unilatéral de l’Accord de paix et de réconciliation signé à Alger en 2015, une décision qui a suscité de vives réactions internationales et des regrets quant à la rupture de cet accord, avec des avertissements sur ses conséquences.

Depuis le coup d’État de mai 2021, les autorités de Bamako font face à des tensions sur plusieurs fronts, notamment avec la CEDEAO, la France et les États-Unis. Ces différends ont conduit à la rupture des relations diplomatiques avec Paris, ainsi qu’au retrait de Bamako de la CEDEAO, quelques mois après son retrait du G5 Sahel et de sa force conjointe de lutte contre les groupes terroristes dans la région.

Dans ce contexte, Bamako s’oriente vers un isolement accru, tant régional qu’international, aggravé par sa sortie de l’Accord d’Alger. Cette situation s’ajoute à son enclavement géographique, le pays n’ayant aucun accès à la mer ni débouché maritime, ce qui entraîne des conséquences économiques et humanitaires qui accentuent les difficultés des populations maliennes.

Concernant l’Accord d’Alger, le retrait unilatéral du gouvernement de transition malien, sous l’influence supposée des incitations des Émirats arabes unis et du Maroc, intervient alors que la communauté régionale et internationale attendait une transition vers un pouvoir civil et la fin de la période intérimaire dirigée par le conseil militaire. Ce dernier a préféré se soustraire à ses engagements politiques, provoquant un profond mécontentement des mouvements opposés, notamment le Mouvement de libération de l’Azawad.

Sur le plan interne, le conseil militaire dirigé par Assimi Goïta semble avoir compris tardivement que l’organisation d’élections à la fin de 2024, conformément à l’Accord de paix, ne lui serait pas favorable, en raison de l’extension de l’opposition dans le sud et le centre du pays, conséquence de l’échec de la gestion publique, ainsi que du conflit avec les groupes de l’Azawad au nord, qui ont annoncé leur contrôle total de la région de Kidal.

Les mouvements azawadiens signataires de l’Accord d’Alger estiment qu’il n’y a plus de place pour le dialogue avec Goïta et son entourage, après que celui-ci a affirmé vouloir trouver des solutions uniquement internes à la crise malienne, alors même que cette position est perçue comme une stratégie de maintien au pouvoir.

Des observateurs estiment que l’abandon de l’accord de paix et le recours du pouvoir militaire aux forces étrangères telles que Wagner (aujourd’hui remplacée par l’Africa Corps) dans la lutte contre les mouvements touaregs ont ouvert la voie à une dégradation complète des bases du règlement politique. Toutes les expériences précédentes de solution militaire dans la région ont échoué, conduisant à des catastrophes sécuritaires, ce qui a finalement poussé les acteurs à revenir vers la médiation algérienne pour tenter de sauver la région.

Selon ces observateurs, une reprise des affrontements armés risquerait de replonger la région dans une impasse, en ouvrant la voie à des ingérences extérieures et régionales dans une zone stratégique pour l’Algérie, inquiétudes que cette dernière a exprimées clairement.

Enfin, la reprise des combats entre la transition militaire et les groupes azawadiens constituerait une charge sécuritaire majeure pour les frontières sud de l’Algérie, avec des risques dépassant le cadre sécuritaire pour inclure des enjeux sociaux et économiques, notamment la migration irrégulière, l’augmentation des flux de réfugiés, ainsi que la montée des activités des groupes terroristes dans toute la région du Sahel.