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Un pont aérien "secret" des Émirats vers le Soudan malgré la guerre

Des données concrètes ont été rapportées par le journal Le Monde

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Des interrogations persistent sur les motifs et objectifs que les Émirats cherchent à atteindre en insistant sur cette activité suspecte, qualifiée d’hostile par Khartoum.

Malgré les répercussions de la guerre en cours au Moyen-Orient, les Émirats arabes unis n’ont pas cessé d’acheminer des cargaisons d’armes et de matériel vers des forces paramilitaires soudanaises et les Forces de soutien rapide dirigées par Hemedti, à l’exception des perturbations observées au début des affrontements armés entre Téhéran, Washington et l’entité sioniste.

Le journal français Le Monde a abordé le sujet dans deux articles distincts la semaine dernière, s’appuyant sur de nombreuses informations concernant la reprise de cette activité suspecte, alors que des milliers de vols commerciaux ont été annulés à partir d’Abu Dhabi et de Dubaï.

Selon la même source, un avion cargo de type A300 aurait décollé apparemment de l’aéroport de Fujairah, après que son transpondeur a été éteint, en direction d’Addis-Abeba en Éthiopie. Le journal estime qu’au moins neuf vols similaires ont eu lieu pendant la période de guerre, tout en précisant qu’il reste difficile de déterminer leur destination finale en raison d’une faible couverture de cet espace aérien par les sites de suivi spécialisés.

L’un des articles indique que les avions utilisés sont enregistrés en République centrafricaine et appartenaient auparavant à la compagnie Gewan Airways, filiale du groupe NG9 Holding, dont une partie appartient à un conglomérat lié au frère du président des Émirats, Mohammed ben Zayed Al Nahyan, qui n’a publié aucune déclaration démentant ces informations.

Le journal souligne que les perturbations dans les vols de soutien n’ont duré que quatre jours, et que le trafic aérien a progressivement repris à partir du 3 mars, y compris les vols d’avions lourds se dirigeant vers l’Afrique. Ce réseau d’opérations, selon des rapports internationaux, inclut armes, munitions, drones, véhicules et le transport de combattants par des routes indirectes.

Cette reprise « rapide » des vols révèle, selon Le Monde, que le soutien émirati aux Forces de soutien rapide s’est adapté rapidement au nouveau contexte sécuritaire, indiquant l’importance stratégique de ce soutien pour les autorités des Émirats, qui n’ont pas été dissuadées malgré la menace existentielle pesant sur le pays dans le cadre du conflit américano-iranien.

L’insistance d’Abu Dhabi à soutenir ces groupes soudanais soulève des interrogations parmi de nombreux observateurs sur les arrière-pensées et les objectifs poursuivis, et a entraîné des fractures importantes dans l’État soudanais ainsi que la mort de milliers de civils.

La compagnie aérienne Batout Air apparaît comme l’un des acteurs moins connus mais jouant un rôle central dans le transport aérien vers le Soudan. Les données montrent que cette compagnie, opérant dans un réseau de transport aérien, a dû suspendre ses vols quelques jours seulement en raison de la fermeture de l’aéroport d’Abu Dhabi, avant de reprendre rapidement ses opérations via des aéroports alternatifs, notamment depuis la ville d’Al Ain.

Ces opérations reposent sur des avions cargo capables de transporter de grandes quantités de matériel, ce qui renforce l’hypothèse d’un pont aérien continu, non officiel, reliant les Émirats aux zones d’influence des Forces de soutien rapide, notamment dans la région du Darfour.

Selon le journal, ces vols transitent par des pays voisins du Soudan, dans le cadre de dispositifs logistiques destinés à éviter un contrôle direct.

Cette adaptation rapide à la fermeture d’un aéroport majeur comme celui d’Abu Dhabi démontre un haut niveau de préparation et de flexibilité, et indique que ce réseau n’a pas été créé de manière opportuniste, mais est géré selon une planification permettant sa continuité même en période de crises régionales majeures, comme l’escalade militaire entre l’Iran et d’autres pays de la région.

Abu Dhabi a développé de nouvelles routes logistiques depuis des pays voisins du Soudan, comme l’Éthiopie et la République centrafricaine, afin de soutenir les Forces de soutien rapide, une opération qui coïncidait avec une nouvelle salve de missiles et de drones iraniens sur les Émirats, le mardi 17 mars.