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Boutbig lance sa campagne pour la présidence du Parlement panafricain

Le Makhzen a présenté un candidat de dernière minute pour concurrencer le représentant de l’Algérie

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Le candidat algérien à la présidence du Parlement panafricain, le sénateur Dr Fateh Boutbig, porte un projet ambitieux visant à développer l’organe législatif continental. Celui-ci repose sur une transformation radicale de sa nature et de son rôle, afin de le faire passer d’une simple instance consultative à caractère délibératif à une véritable autorité législative effective.

Dans son programme électoral distribué à ses collègues de l’institution en prévision des élections prévues à la fin du mois (28-30 avril 2026) à Midrand, Johannesburg, Boutbig affirme que « la phase actuelle que traverse le continent africain impose une révision de la nature des rôles institutionnels au sein de l’Union africaine, en particulier celui du Parlement panafricain, dont les pouvoirs législatifs réels restent limités malgré son importance symbolique et politique ».

Il souligne que « cette phase n’est pas ordinaire ; c’est un moment charnière qui exige clarté de vision et audace dans les réformes », précisant que la vision qu’il défend repose sur une transformation institutionnelle profonde, à travers un passage progressif et organisé vers l’octroi de véritables pouvoirs législatifs au Parlement, lui permettant de participer à la formulation des politiques continentales et à l’élaboration de législations africaines communes. Il indique à cet égard que « la réforme du Parlement africain n’est plus un choix, mais un engagement historique », considérant que le Protocole de Malabo constitue la pierre angulaire de ce processus, puisqu’il donne au Parlement des compétences lui permettant de devenir « un acteur central dans la formulation des politiques continentales ».

Il ajoute que le renforcement du rôle du Parlement ne signifie pas seulement l’élargissement de ses compétences juridiques, mais aussi la restructuration de ses mécanismes internes, la modernisation de son administration et l’amélioration de la coordination entre ses différentes commissions.

Dans ce cadre, Boutbig vise également la restructuration du secrétariat général du Parlement en activant son rôle, en réduisant la bureaucratie, en améliorant les performances et en protégeant les droits des employés, affirmant que l’objectif final est de construire un « Parlement fort qui dirige la décision africaine » et qui passe effectivement « de la logique de recommandations non contraignantes à celle de décisions influentes ».

Il souligne que la transformation souhaitée implique de faire du Parlement un acteur dans la gestion des crises, le soutien à la médiation et au règlement des conflits, ainsi que la participation aux initiatives de paix et de sécurité telles que l’initiative « Faire taire les armes ». Il considère que faire du Parlement une plateforme d’unification des positions africaines dans les instances internationales et de défense des causes communes du continent est le seul moyen de renforcer la présence de l’Afrique dans le nouvel ordre international.

Il appelle également à renforcer l’intégration entre le Parlement et les autres institutions de l’Union africaine, notamment la Commission et le Comité des représentants permanents, dans le respect des équilibres institutionnels et du principe de coopération plutôt que de concurrence.

Le parlementaire algérien estime que le Parlement africain peut jouer un rôle central dans le soutien aux projets d’intégration, notamment à travers la Zone de libre-échange continentale africaine, et la promotion de politiques renforçant les chaînes de valeur internes et réduisant la dépendance extérieure. Il appelle à donner la priorité à la souveraineté sur les ressources naturelles et à l’élaboration de cadres législatifs continentaux soutenant l’industrialisation locale et garantissant aux peuples africains le bénéfice de leurs richesses, plutôt que l’exportation des matières premières, soulignant que l’indépendance économique et la justice énergétique sont des piliers fondamentaux de son projet.

Il insiste également sur la nécessité pour le Parlement africain de suivre les transformations technologiques mondiales à travers la numérisation du travail parlementaire et l’adoption de la diplomatie numérique.

Il met en avant la nécessité de renforcer la transparence et la redevabilité, de consolider les mécanismes de contrôle interne et de lutter contre la corruption administrative et financière afin de renforcer la crédibilité de l’institution.

Il ajoute que son programme accorde une grande importance au rapprochement avec les citoyens en élargissant les canaux de communication avec les sociétés africaines et en impliquant la société civile et les diasporas africaines dans les débats continentaux.

Boutbig lie le succès de ce projet de réforme à l’engagement des États membres à soutenir le processus de changement et à construire des institutions continentales fortes et efficaces.

Il conclut en rappelant la responsabilité historique, affirmant : « Nous devons notre respect aux pères fondateurs qui ont lutté pour l’indépendance de l’Afrique, et aujourd’hui nous avons la responsabilité de transformer cet héritage en réalisations concrètes à travers des institutions fortes et une solidarité continentale renforcée ».


Le Makhzen perturbe

Des tentatives de perturbation sont observées dans les coulisses de l’institution législative africaine. En plus du candidat égyptien Moustafa Al-Jabali et de Youssef Al-Fakhri de Libye, l’entrée en lice de l’ancien ministre marocain Lahcen Haddad a été annoncée.

Selon des observateurs, le candidat du Makhzen a été désigné seulement deux semaines avant l’échéance électorale avec pour mission principale de « perturber le représentant de l’Algérie », considéré comme le plus ancien et l’un des plus contributeurs aux travaux de l’instance législative continentale.

Le nouveau candidat marocain n’a pas hésité à « reprendre le programme du représentant algérien, dans un style devenu connu de vol d’idées et d’héritage algérien », allant jusqu’à reprendre les mêmes thématiques relatives au « renforcement des pouvoirs du Parlement africain », en reproduisant les axes du programme électoral de Boutbig.