Nation

Salam alaykoum: une visite historique sur la terre des hommes libres et des révolutionnaires

Cette étape offre à l’Algérie l’opportunité de mettre en valeur la profondeur de son histoire ancienne et constitue une réponse « forte » à ceux qui ont prétendu que l’Algérie n’existait pas avant l’année 1830

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Le pape Léon XIV pose aujourd’hui ses valises en Algérie, terre des révolutionnaires et des hommes libres, à l’occasion de la première visite papale dans le pays et dans toute la région. Cette visite du souverain pontife du Vatican porte en elle des dimensions, des complexités et des implications qui, au-delà des messages religieux qu’il adressera au monde entier dans ce contexte géostratégique particulier, en font aussi des messages politiques, culturels et spirituels par excellence. Elle sera inscrite, au moins géographiquement, depuis le sol algérien, alors même que l’Algérie œuvre, à travers ses canaux politiques et diplomatiques, à affirmer sa place et son rôle aux niveaux régional et international.

Il est impossible de lire cette visite en dehors du contexte international troublé. À une époque où le monde connaît une guerre en Ukraine et une autre contre l’Iran, avec leurs répercussions sur la sécurité énergétique mondiale, l’Algérie s’impose comme un acteur stratégique incontournable. Cela s’est clairement manifesté à travers les visites répétées de nombreux responsables européens et même régionaux. Avec la crise née de la fermeture du détroit d’Ormuz et la baisse des exportations pétrolières du Golfe, le gaz algérien est passé d’une option de diversification à une nécessité urgente pour l’Europe.

C’est là que réside le « génie » du timing : la visite du pape, symbole moral mondial, vient renforcer l’image de l’Algérie comme « partenaire fiable » et « État stable » dans une mer régionale agitée. C’est une « carte d’entrée » dans le club européen, et un message implicite aux capitales occidentales selon lequel les relations avec l’Algérie ne se limitent pas aux contrats gaziers, mais s’étendent aux valeurs communes et au respect mutuel.

La visite porte également une dimension plus profonde liée à l’identité et à la mémoire algériennes. Le choix de la ville d’Annaba (l’ancienne Hippone) n’est pas anodin : il s’agit d’un pèlerinage à « l’esprit de saint Augustin », philosophe et théologien algérien considéré comme l’un des Pères de l’Église occidentale.

Cette étape offre à l’Algérie l’occasion de mettre en avant la profondeur de son histoire, en réponse forte à ceux qui prétendent qu’elle n’existait pas avant 1830, date de la colonisation française. Elle permet aussi de rappeler que son identité est « multiple et complexe », et que cette terre fut le berceau de grandes civilisations avant de devenir une terre d’islam et d’arabité. À une époque où certains États et « micro-États » cherchent à se faire une place parmi les grandes puissances, la visite du pape rappelle au monde, et aux Algériens eux-mêmes, que ce pays n’est pas seulement une nation en développement, mais une « civilisation profondément enracinée dans l’histoire ».

Par ailleurs, la visite revêt également un caractère défensif. Elle intervient à un moment où l’Algérie a fait l’objet de critiques occidentales « étonnantes » concernant la liberté religieuse, notamment à propos de la fermeture d’églises non autorisées et de l’interdiction du prosélytisme. La visite du pape constitue ainsi une forme de « réhabilitation » implicite venant de la plus haute autorité chrétienne. Alors que Washington maintient l’Algérie sur une liste de « surveillance spéciale », la présence du pape sur son sol envoie le message que le dialogue est possible et que les relations avec l’État algérien reposent sur le respect. Ce contraste entre la position occidentale « rigide » et l’approche vaticane « pragmatique » révèle un double standard et l’utilisation de la question des « minorités » comme levier politique.

Ce qu’il faut souligner, c’est que la question ne concerne pas une persécution des chrétiens, mais plutôt une zone de tension entre la conception de l’État de la sécurité nationale (qui craint des financements étrangers douteux des activités religieuses) et celle des organisations internationales des libertés individuelles. Le pape, issu d’un ordre augustinien connaissant bien les complexités de la région, sera sans doute plus sensible à ces réalités, faisant de cette visite une opportunité de réajuster ce dossier délicat loin du bruit médiatique.

Sous le slogan « Salam alaykoum », conçu par le Vatican spécialement pour cette visite, se confirme l’image lumineuse de l’Algérie fondée sur la coexistence et le dialogue. En accueillant le pape Léon XIV, l’Algérie des hommes libres et des révolutionnaires affirme qu’elle est « un État fort et confiant, qui ne craint pas l’autre », tandis que le Vatican envoie son pape dans un pays musulman pour affirmer que l’avenir de la Méditerranée repose sur la coopération et non sur le conflit.

Cette visite ne produira peut-être pas de « miracles diplomatiques immédiats », mais elle changera sans aucun doute le regard du monde sur l’Algérie et renforcera chez les Algériens la confiance en la richesse et la pluralité de leur histoire.

Que l’Histoire en garde la trace pour les générations futures.